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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2409699

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409699

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409699
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEJARD ZAÏRE SELTENE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, M. D C demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités italiennes.

Il soutient que son état de santé fait obstacle à son transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise confirme sa décision et produit les pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Debourg conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Seltene, avocate désignée d'office, représentant M. C, présent et assisté de M. B, interprète en ourdou, qui conclut aux mêmes fins et demande à ce que la somme de 1000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle développe les moyens nouveaux tirés de l'insuffisance de motivation, de l'absence d'examen sérieux de sa situation, de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n°604/2013 en l'absence de délégation de signature spécifique de l'agent ayant procédé à l'entretien, des articles 3 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 à raison de l'existence de défaillances systémiques en Italie dans l'accueil des demandeurs d'asile et des risques qu'il encourt en cas de retour au Pakistan ;

- le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né le 10 juin 1988, a introduit une demande d'asile en France le 16 mai 2024. Lors de l'instruction de cette demande, il est apparu que l'intéressé avait franchi irrégulièrement la frontière avec l'Italie dans la période précédant les

12 mois du dépôt de sa première demande d'asile. Les autorités italiennes, saisies le 17 mai 2024, ont explicitement accepté la reprise en charge de M. C le 10 juin 2024. Par un arrêté en date du 18 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. C aux autorités italiennes. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. "

3. En l'espèce, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application et en particulier les règlements (CE) n° 1560/2003 et (UE) n° 604/2013 relatifs aux critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande d'asile. Il précise que les données du fichier " Eurodac " ont révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités italiennes préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. L'arrêté mentionne que les autorités italiennes ont été saisies le 17 mai 2024 d'une demande de prise en charge du requérant sur le fondement de l'article 18 paragraphe 1 point b) du règlement UE n° 604/2013, laquelle a été acceptée le 10 juin 2024, sur le fondement de ces mêmes dispositions. Par ailleurs, il mentionne, d'une part, que M. C ne relève d'aucune des clauses dérogatoires prévues par les articles 3-2 et 17 du règlement n° 604/2013 et, d'autre part, que la mesure de transfert ne contrevient pas à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. C ne pouvant se prévaloir d'une vie privée et familiale stable en France. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte une motivation suffisante pour permettre à M. C de comprendre les fondements juridiques et les éléments de fait à l'origine de la mesure de transfert. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle du requérant. Le moyen invoqué doit ainsi être écarté.

5. Aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un entretien individuel a été mené dans les locaux de la préfecture du Val-d'Oise le 16 mai 2024, durant lequel M. C a pu présenter ses observations. En outre, le compte-rendu de cet entretien comporte la mention du nom de l'agent ayant procédé à cet entretien, Mme A E, responsable de la cellule Dublin au sein de cette préfecture. Elle bénéficie, en vertu de l'article 4 de l'arrêté du 22 décembre 2023 pris par le préfet du Val-d'Oise, d'une délégation de signature pour tous documents administratifs ne formalisant aucune décision, relevant de la compétence du service qu'elle dirige, ce qui recouvre la signature des résumés d'entretien individuel. Par suite, le moyen sera écarté.

7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, repris par l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du deuxième paragraphe de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable (). ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 17 de ce même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".

8. En l'espèce, d'une part, M. C soutient que l'Italie présente des défaillances systémiques dans l'enregistrement des demandes d'asile. Toutefois, ses allégations particulièrement évasives sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile en Italie, qui ne sont assorties d'aucune pièce justificative, ne permettent pas d'établir qu'il existerait dans ce pays, état membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, des défaillances revêtant un caractère systémique dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile ou qu'il aurait été ou serait exposé dans ce pays à un risque de traitement inhumain et dégradant. L'intéressé n'établit pas davantage qu'il ne bénéficiera pas d'un examen effectif de sa demande de protection internationale dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile.

9. D'autre part, l'intéressé fait également valoir que son état de santé et notamment les crises d'épilepsie dont il souffre justifie son maintien en France. Toutefois, il ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il ne pourrait pas recevoir le traitement nécessaire en Italie, ni que son état de santé ferait obstacle à son transfert. Par conséquent, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés.

10. Enfin, si M. C soutient qu'il a fui le Pakistan en raison de conflits familiaux qui menacent sa vie, la décision attaquée n'a toutefois ni pour objet ni pour effet de l'éloigner vers son pays d'origine, mais seulement de prononcer son transfert aux autorités italiennes chargées de l'examen de sa demande de protection internationale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités italiennes. Par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais du litige doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Val d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

T. Debourg

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409699

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