Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409702

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409702
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté les requêtes de M. A, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté du préfet du Val-d'Oise du 5 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an, ainsi qu'un arrêté d'assignation à résidence. Le tribunal a jugé que la signataire des arrêtés disposait d'une délégation de signature régulière, écartant le moyen d'incompétence. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions en annulation, fondé sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2409702 les 7 et 8 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Baouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait ;

- elle ne résulte pas d'un examen complet de sa situation ;

- elle fait mention à tort de l'accord franco-tunisien qui ne lui est pas applicable ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été irrégulièrement notifiée dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est disproportionnée et porte atteinte à sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2409703 les 7 et 8 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Baouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il a été irrégulièrement notifié dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'assistance d'un interprète ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il fait mention à tort de l'accord franco-tunisien qui ne lui est pas applicable ;

- il est entaché d'une erreur de fait sur son lieu de résidence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2409702 et n° 2409703, présentées pour M. A, concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. A, ressortissant marocain né le 5 décembre 1994, fait l'objet d'un arrêté du

5 juillet 2024 pris à son encontre par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de ces arrêtés du 5 juillet 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par Mme B, cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture du Val-d'Oise, laquelle bénéficiait, en vertu d'un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation du préfet du Val-d'Oise à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français avec ou non fixation d'un délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination, les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français ainsi que les décisions portant assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il n'est pas soutenu que ces derniers n'étaient ni absents ni empêchés à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En second lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Dès lors, si M. A allègue que les décisions attaquées lui auraient été notifiées dans une langue qu'il ne comprend pas et sans l'assistance d'un interprète, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (). ".

6. La décision contestée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 611-1 1° ainsi que les stipulations conventionnelles dont elle fait application et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle indique les motifs justifiant l'application à M. A d'une mesure d'éloignement tenant à ce qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Elle fait également état de la situation personnelle de l'intéressé et notamment qu'il est célibataire et sans enfant et indique qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet du Val-d'Oise a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen, doit être écarté.

8. En troisième lieu, la seule mention dans les visas de la décision attaquée de l'accord franco-tunisien, non applicable à l'intéressé, est sans incidence sur sa régularité dès lors qu'il ressort des motifs de cette décision que le préfet n'a pas entendu faire application des stipulations de cet accord pour apprécier la situation de l'intéressé et prendre à son encontre une mesure d'éloignement.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. A soutient qu'il est installé en France depuis plusieurs années, qu'il réside chez son oncle et qu'il travaille à temps partiel, en qualité d'aide installateur au sein de la Société SBA Ascenseur, depuis le 27 mars 2023, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, M. A est célibataire et sans enfant, les circonstances dont il se prévaut ne suffisent pas à justifier d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France et il n'établit pas être isolé dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et eu égard en particulier aux conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas entaché sa décision ni d'une erreur de fait ni d'une erreur de droit, en obligeant M. A à quitter le territoire français n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de ce dernier une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la mesure d'éloignement n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de destination :

11. Compte tenu de la situation personnelle de M. A rappelée au point 10 du jugement, la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet a retenu les circonstances que l'intéressé se maintenait en situation irrégulière depuis son entrée en France, qu'il est célibataire et sans enfant et qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière. Compte tenu de la situation personnelle de M. A rappelée au point 10 du jugement, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 12 du jugement ni n'a commis d'erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Pour les mêmes motifs, cette décision n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les moyens propres dirigés contre l'arrêté portant assignation à résidence :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 10 qu'aucun des moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il n'est pas fait mention dans l'arrêté attaquée de l'accord franco-tunisien, qui ne lui est d'ailleurs pas applicable. Par suite, ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

17. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, qui réside dans le département du Val-d'Oise, comme il l'indique lui-même et comme cela ressort des pièces du dossier, le préfet, qui l'a assigné à résidence dans ce même département, n'a pas commis d'erreur de fait concernant son lieu de résidence. Par ailleurs, la seule circonstance que le requérant, qui n'est pas autorisé à travailler en France, pourrait avoir besoin de se déplacer en dehors de ce département pour des raisons professionnelles, ne suffit pas à établir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du préfet du Val-d'Oise du 5 juillet 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles au titre des frais du litige, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. Ouillon

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2409702, 2409703