Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409714

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B D, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté préfectoral du 4 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et d'insuffisance de motivation, jugeant l'arrêté légalement fondé sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue confirme la mesure d'éloignement, sans faire droit aux demandes d'annulation et d'injonction du requérant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 juillet 2024, M. B D, représenté par Me Giron Abarca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de le convoquer en vue de la délivrance d'un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard , et de le convoquer en vue de la remise d'un récépissé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivée ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en considérant qu'il ne fait état d'aucune circonstance particulière alors même qu'il a de la famille en France et y suit des études.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine produit les pièces constitutives du dossier du requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Moinecourt, conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Moinecourt ;

- et les observations de Me Potier, substituant Me Giron Abarca pour M. D, qui maintient ses conclusions et moyens qu'elle précise et soutient en outre que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 13 mars 2001 à Tizi Ouzou (Algérie), est entré en France en mars 2024. Il a bénéficié de cartes de résident valables du 1er février 2022 au 31 janvier 2023 et du 7 avril 2023 au 6 avril 2024. Le 4 juillet 2024, il a été interpelé pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance. Il demande l'annulation de l'arrêté en date du 4 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions dirigées contre l'ensemble des décisions :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

3. En premier lieu, l'arrêté du 4 juillet 2024 a été signé par Mme C A, cheffe du bureau des examens spécialisés de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature, consentie par l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine n°2024-31 du 2 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne, notamment, que M. D a précédemment été mis en possession de titres de séjour dont il n'a pas demandé le renouvellement ainsi que sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.

5. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. D.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;

7. M. D soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors que ses sœurs alléguées, la filiation n'étant pas établie, résident en France et se trouvent en situation régulière. Néanmoins, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille en France, n'établit pas qu'il est dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. M. D n'établit pas davantage une insertion professionnelle stable et pérenne sur le territoire français, ni la réalité de ses liens avec sa fratrie alléguée ou l'existence d'autres attaches ce territoire. Par suite, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus et n'a donc ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, selon les dispositions de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ()".

9. Il n'est pas contesté que le requérant s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour sans en avoir demandé le renouvellement et qu'il a déclaré aux services de police son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français à l'occasion de son interpellation. S'il soutient que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation en estimant qu'il ne présentait pas de circonstances particulières, il ressort néanmoins des pièces du dossier que les circonstances dont il fait état, à savoir celles qu'il réside chez sa sœur et que l'ensemble de sa fratrie réside en France, ne constituent pas des circonstances particulières au sens des dispositions précitées. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. D n'établit pas, au surplus, avoir des liens stables et pérennes sur le territoire français. Ces moyens doivent par conséquent être écartés.

Sur les conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. Si M. D soutient que l'ensemble de sa fratrie réside en France, il n'établit pas, ni même n'allègue, qu'il serait dépourvu d'attache dans son pays d'origine. S'il soutient en outre qu'il poursuit des études et serait inscrit en formation de négociateur technico-commercial en pour l'année universitaire 2024-2025, il ne l'établit pas, cette discipline étant au demeurant sans cohérence avec celles qu'il a étudiées précédemment. Dans ces conditions, il ne fait pas état de circonstances humanitaires particulières et, en dépit de la circonstance que le requérant n'a pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait, en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du 4 juillet 2024 susmentionné, et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que sa demande formulée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Giron Abarca et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. MOINECOURT

La greffière,

Signé

C. PHU

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2409714