Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409728

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B, ressortissant bangladais, qui contestait un arrêté préfectoral du 8 juin 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a d'abord écarté le moyen d'incompétence du signataire, une délégation de signature ayant été régulièrement publiée. Il a ensuite jugé que le préfet avait pu légalement prendre une mesure d'éloignement sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), dès lors que M. B n'établissait pas avoir sollicité un réexamen de sa demande d'asile. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme a été écarté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Ahmad, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 531-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconstruit :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit les pièces du dossier du requérant.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Cordary, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article

L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cordary, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 août 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 10 août 1995, est entré sur le territoire français le 20 août 2023. Il a sollicité l'asile le 25 août 2023. Par une décision du 8 décembre 2023, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 avril 2024. Par un arrêté du 8 juin 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination.

2. Par arrêté n°23-071 du 22 décembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet a donné délégation à

Mme C, adjointe à la cheffe du bureau de l'intégration et des naturalisations, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celles fixant ou non un délai de départ volontaire et celles fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et

L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 531-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'appui de sa demande de réexamen, le demandeur indique par écrit les faits et produit tout élément susceptible de justifier un nouvel examen de sa demande d'asile. () ". Aux termes de l'article R. 531-35 du même code : " Lorsque dans les cas et conditions prévues à l'article

L. 531-41, la personne intéressée entend présenter une demande de réexamen, elle doit procéder à une nouvelle demande d'enregistrement auprès du préfet compétent. / Les dispositions des articles R. 531-2 à R. 531-5 sont alors applicables. ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'une première demande de réexamen d'une demande d'asile ouvre droit au maintien sur le territoire français dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le droit au maintien sur le territoire est conditionné à l'introduction de la demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, mais l'intéressé peut y prétendre dès qu'il a manifesté à l'autorité administrative son intention de solliciter un réexamen, l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 du même code ne lui étant délivrée qu'en conséquence de cette demande.

5. En l'espèce, si M. B soutient qu'il souhaite présenter une demande de réexamen de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en faisant valoir des éléments nouveaux, il n'établit pas avoir introduit de demande de réexamen ni même avoir manifesté auprès de l'autorité administrative son intention de solliciter un tel réexamen. Par suite, le préfet du Val-d'Oise a pu édicter à son encontre une mesure d'éloignement sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 précité, sans entacher sa décision d'erreur de droit. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 531-42 et

R. 531-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office :

6. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".

7. M. B affirme sans plus de précision, qu'au regard des risques encourus en cas de retour au Bangladesh, le renvoi vers ce pays viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le requérant fait par ailleurs valoir que " postérieurement au rejet de son recours par la Cour nationale du droit d'asile, son domicile a été incendié " dans son pays d'origine, ces éléments nouveaux augmentant significativement le risque de traitements inhumains et dégradants qu'il encourt en cas de retour au Bangladesh. Toutefois ce moyen n'est assorti d'aucune des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bienfondé et n'est appuyé de la production d'aucune pièce probante de nature à établir la réalité des allégations du requérant. Au demeurant, la demande d'asile du requérant a été rejetée par l'OFPRA par décision du

8 décembre 2023, décision confirmée par la CNDA le 26 avril 2024. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. CordaryLa greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°2409728