Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409744

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise refusait un titre de séjour à Mme A, ressortissante sénégalaise. La décision a été annulée en raison d'un défaut d'examen particulier de sa situation, l'arrêté mentionnant un numéro de dossier (AGREF) différent de celui de la requérante et étant adressé à un homonyme masculin. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente. L'État a été condamné à verser 1 200 euros à Mme A au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 juillet et 4 octobre 2024, Mme A, représentée par Me Dos Santos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-la décision lui refusant un titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a jamais travaillé pour la société Silver Company et qu'il ne peut donc lui être reproché d'avoir présenté un faux document d'identité pour s'y faire embaucher ;

-elle est entachée d'une erreur de droit, l'utilisation d'un faux document d'identité pour travailler ne constituant pas une fraude caractéristique d'un trouble à l'ordre public ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

-code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

Le rapport de Mme Edert a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 13 décembre 1979 est entrée en France le 18 novembre 2017 munie d'un visa séjour court selon ses déclarations. Le 5 juin 2023, elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour et a été mise en possession, le 20 novembre suivant, d'un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 19 mai 2024. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 16 avril 2024, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée qui a été notifiée à la requérante porte le numéro AGREF 9503230875 et est adressée à M. A, homonyme masculin de Mme A. En outre, il ressort du courrier en date du 5 juin 2023 et portant convocation de Mme A par la préfecture du Val-d'Oise pour déposer sa demande de titre de séjour qu'il mentionne un numéro AGREF différent. Par suite, cette dernière est fondée à soutenir que la décision attaquée est dépourvue d'un examen de sa situation particulière.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler la décision du 16 avril 2024, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif de l'annulation qu'il prononce, le présent jugement implique seulement que le préfet du Val-d'Oise procède au réexamen de la situation de Mme A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans cette attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. (). ".

6. En application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante, la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er :La décision du préfet du Val-d'Oise en date du 16 avril 2024 portant refus de titre de séjour est annulée.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou à tout autre préfet territorialement compétent de prendre une nouvelle décision dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement après avoir réexaminé la situation de Mme A et, en attendant, de munir celle-ci d'une autorisation provisoire de séjour lui conférant le droit d'exercer une activité professionnelle.

Article 3 :L'État versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise au greffe le 25 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. Edert

L'assesseure la plus ancienne,

E. Chaufaux La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.