Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409785
lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2024, Mme B C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet du
Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen sa demande d'asile.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
-l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 8 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'état responsable de l'examen de la demande d'asile de son époux est la France ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle arrivée directement en France ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle ne peut être séparée de son époux et de son fils majeur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024 à 10h14, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Goudenèche en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique du 25 juillet 2024.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante turque née le 17 juillet 1978, est entrée sur le territoire français le 19 mars 2024. Elle a introduit une demande d'asile en France le 22 mai 2024. La consultation du fichier " Visabio " a révélé que la requérante était en possession d'un visa périmé depuis moins de six mois délivré par les autorités italiennes au moment du dépôt de sa demande. La demande de prise en charge adressée aux autorités de ce pays le 22 mai 2024 a donné lieu à un accord explicite le 11 juin 2024. Par un arrêté du 25 juin 2024 le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen sa demande d'asile.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 2 du règlement n° 604/2013 (UE) du 26 juin 2013 : " Aux fins du présent règlement, on entend par : / () / b) " demande de protection internationale", une demande de protection internationale au sens de l'article 2, point h), de la directive 2011/95/UE ; / c) "demandeur", le ressortissant de pays tiers ou l'apatride ayant présenté une demande de protection internationale sur laquelle il n'a pas encore été statué définitivement ; / g) " membres de la famille", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres: - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable, lorsque le droit ou la pratique de l'État membre concerné réserve aux couples non mariés un traitement comparable à celui réservé aux couples mariés, en vertu de sa législation relative aux ressortissants de pays tiers, / () ". Aux termes de l'article 10 du même règlement : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le conjoint de Mme C, père de ses enfants, M. A D, de nationalité turque, s'est vu remettre le 25 juin 2024, une attestation de demandeur d'asile en procédure normale, et il ne ressort pas des pièces du dossier que cette demande ait fait l'objet d'une première décision sur le fond. Ainsi, le préfet du Val-d'Oise qui ne remet pas en cause les liens conjugaux de la requérante peut être regardé comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées au point 2.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 25 juin 2024 du préfet doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Eu égard au motif de l'annulation de l'arrêté attaqué, et sous réserve de changement dans les circonstances de fait ou de droit, le présent jugement implique nécessairement que les autorités françaises soient responsables de l'examen de la demande d'asile de Mme C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme C une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Par ces motifs le tribunal décide :
Article 1er : L'arrêté du 25 juin 2024 du préfet du Val-d'Oise est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une attestation de demande d'asile en procédure normale.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Goudenèche La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.