Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409809

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. A, ressortissant bangladais, qui sollicitait une injonction pour obtenir un rendez-vous en préfecture afin de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le juge a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, faute pour le requérant de justifier de démarches préalables suffisantes ou d'une impossibilité d'utiliser la plateforme en ligne prescrite par la préfecture des Hauts-de-Seine. La condition d'utilité de la mesure n'était pas non plus remplie, le demandeur n'établissant pas de circonstances particulières justifiant une nécessité immédiate d'obtenir un rendez-vous. La requête a donc été rejetée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'astreinte ou les frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Herriot, avocate, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard';

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors qu'il a envoyé un courriel de demande de rendez-vous afin de déposer son dossier de demande de titre de séjour le 13 juin 2023, que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas répondu à sa demande, ni à son recours gracieux et à sa demande de communication des motifs ; qu'il demeure dans une situation irrégulière ; que son employeur envisage de mettre fin à son contrat de travail ;

- la mesure sollicitée est utile ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 15 juillet 1987, a sollicité, en vain, par courriel en date du 13 juin 2023, un rendez-vous auprès des services du préfet des Hauts-de-Seine en vue de déposer son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le requérant demande, par la présente requête, au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'il puisse déposer sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. Pour justifier de l'urgence particulière qu'il y aurait à prononcer la mesure d'injonction demandée, M. A fait valoir qu'il est entré sur le territoire français le 18 juin 2018, qu'il travaille depuis avril 2021 et qu'il a demandé, en vain, par un courriel en date du 13 juin 2023 un rendez-vous aux services de la préfecture des Hauts-de-Seine en vue de déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Si le requérant ajoute que cette situation le maintient dans une situation irrégulière et l'empêche de continuer à travailler, M. A ne justifie d'aucune démarche en vue de régulariser sa situation administrative avant le 13 juin 2023 et d'aucune démarche depuis lors si ce n'est un recours gracieux en date du 20 octobre 2023 et un recours hiérarchique en date du 23 octobre 2023 contre la décision implicite de refus d'enregistrer sa demande. Enfin, l'intéressé n'établit pas avoir formé sa demande d'admission exceptionnelle au séjour via la plateforme " démarches-simplifiées.fr ", ainsi que le prescrit la préfecture des Hauts-de-Seine, ni qu'il aurait été dans l'impossibilité de procéder en ligne aux formalités préalables de sa demande. Dans ces conditions, M. A ne justifie ni de l'utilité de la mesure demandée ni de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement un rendez-vous en vue de faire examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour et impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation. Par suite, les conditions d'urgence et d'utilité à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par le requérant ne peuvent être regardées comme remplies.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 29 juillet 2024

Le juge des référés,

Signé

F.-X. PROST

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.