Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409856

vendredi 26 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme A, ressortissante guinéenne, pour lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour "étudiant". Le juge a retenu l'urgence, car l'intéressée, encore étudiante jusqu'en octobre 2024, subissait une suspension de son contrat d'apprentissage et une précarité financière du fait du non-renouvellement. La mesure a été jugée utile et ne faisant obstacle à aucune décision administrative, le préfet ayant clôturé le dossier sans motif valable. Les textes appliqués sont les articles L. 521-3 et L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 24 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Gozlan, avocat, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la convoquer afin d'examiner sa demande de renouvellement de son titre de séjour et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard';

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite, dès lors qu'elle était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " dont elle a demandé le renouvellement ; si la préfecture a clôturé son dossier et l'a invité à présenter une demande de changement de statut, elle demeure étudiante jusqu'en octobre 2024, date de ses examens de fin de scolarité ;

- la mesure sollicitée est utile ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir qu'elle ne remplit pas les conditions pour demander la mesure sollicitée, dès lors qu'elle a été invitée par ses services à déposer une demande de changement de statut, ce qu'elle n'a pas fait.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 22 juillet 1997, est entrée en France, en octobre 2021, munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a demandé au préfet des Hauts-de-Seine, en vain, un rendez-vous en vue de déposer sa demande de renouvellement de son titre de séjour qui expirait le 5 décembre 2023. Par la présente requête, la requérante demande, au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

3. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. Il est constant que Mme A est entrée sur le territoire français avec un visa de long séjour portant la mention " étudiant " et qu'elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour étudiant le 22 novembre 2023. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir qu'il a clôturé son dossier de demande de renouvellement de titre de séjour le 21 février 2024 au motif que Mme A n'avait pas sollicité de changement de statut à l'obtention de son diplôme comme ses services le lui avait demandé, il résulte de l'instruction que la requérante est toujours étudiante à la date de la présente ordonnance et doit passer ses examens de fin de scolarité en octobre 2024. Enfin, la requérante fait valoir que son employeur a suspendu son contrat d'apprentissage, faute de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " et qu'elle se trouve dans une situation financière précaire et dans l'impossibilité de poursuivre son contrat d'apprentissage et de passer ses examens. Dans ces conditions, la condition d'urgence est satisfaite, la mesure est utile et ne saurait être regardée comme faisant obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

5. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme A à un rendez-vous afin de lui permettre de déposer son dossier de demande de renouvellement de son titre de séjour, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour, dès lors que cette délivrance est conditionnée au caractère complet du dossier effectivement déposé en préfecture.

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer Mme A à un

rendez-vous afin de lui permettre de déposer sa demande de certificat de résidence algérien, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 26 juillet 2024

Le juge des référés,

Signé

F.-X. PROST

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.