Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409861
mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409861 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 9 et 23 juillet 2024, la commune de Franconville, représentée par Me Serrano-Bentchich et Me Zerna, demande au juge des référés, saisi en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la société APC Automobiles Philippe Cyprès de déposer à l'Agence Nationale des titres Sécurisés,(ANTS) l'ensemble des pièces requises par la réglementation afin qu'elle puisse obtenir les deux certificats d'immatriculation définitifs des véhicules dont elle a fait l'acquisition, de lui communiquer in extenso les accusés de dépôts à l'ANTS des deux dossiers (demande d'immatriculation) précisant leur numéro de suivi respectif, ainsi qu'une copie des pièces constitutives des deux dossiers de demandes d'immatriculation définitive et l'ensemble des documents requis par la réglementation en vue d'obtenir les deux certificats d'immatriculation définitifs litigieux notamment pour chaque véhicule, un quitus fiscal, ou une dépense le cas échéant, un certificat de conformité du constructeur, ainsi que la carte grise originale, le tout dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la société APC Automobile Philippe Cyprès une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies dès lors que les véhicules achetés auprès de la société APC Automobiles Cyprès, ont été contraints d'être immobilisés du fait de l'expiration des certificats d'immatriculations provisoires, ayant pour effet de compromettre la continuité du service public ;
- la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que le vendeur avait l'obligation de lui délivrer un certificat d'immatriculation définitif.
La requête a été communiquée à la société APC Automobile Philippe Cyprès qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huon, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 1er aout 2024 à 13 heures 45.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience,
- le rapport de M. Huon, juge des référés,
- et les observations de Me Bourdin, substituant Me Serrano-Bentchich et Me Zerna, pour la commune de Franconville.
La société APC Automobiles Philippe Cyprès n'était pas représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Franconville demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la société A.P.C Automobile Philippe Cyprès de déposer à l'Agence Nationale des titres Sécurisés,(ANTS) l'ensemble des pièces requises par la réglementation afin qu'elle puisse obtenir les deux certificats d'immatriculation définitifs des véhicules dont elle a fait l'acquisition, de lui communiquer in extenso les accusés de dépôts à l'ANTS des deux dossiers (demande d'immatriculation) précisant leur numéro de suivi respectif, ainsi qu'une copie des pièces constitutives des deux dossiers de demandes d'immatriculation définitive et l'ensemble des documents requis par la réglementation en vue d'obtenir les deux certificats d'immatriculation définitifs litigieux notamment pour chaque véhicule, un quitus fiscal, ou une dépense le cas échéant, un certificat de conformité du constructeur, ainsi que la carte grise originale.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. S'il n'appartient pas au juge administratif d'intervenir dans la gestion d'un service public en adressant des injonctions à ceux qui ont contracté avec l'administration, lorsque celle-ci dispose à l'égard de ces derniers des pouvoirs nécessaires pour assurer l'exécution du contrat, il en va autrement quand l'administration ne peut user de moyens de contrainte à l'encontre de son cocontractant qu'en vertu d'une décision juridictionnelle. En pareille hypothèse, le juge du contrat est en droit de prononcer, à l'encontre de son cocontractant, une condamnation, éventuellement sous astreinte, à une obligation de faire. En cas d'urgence, le juge des référés peut, de même, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ordonner, éventuellement sous astreinte, au cocontractant, dans le cadre de ses obligations contractuelles, de prendre à titre provisoire toute mesure nécessaire pour assurer la continuité du service public ou son bon fonctionnement, à condition que cette mesure soit utile, justifiée par l'urgence, ne fasse obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
4. Il résulte de l'instruction que la SARL Automobiles Philippe Cyprès a vendu à la commune de Franconville deux véhicules de marque Dacia, pour un montant total de 19 980 euros, destinés aux services de la voirie et, plus particulièrement de la propreté. Dans l'attente de leur immatriculation définitive, le vendeur a remis à la collectivité deux certificats provisoires d'immatriculation valables du 9 décembre 2020 au 8 avril 2021. La commune de Franconville fait valoir qu'en dépit de plusieurs relances téléphoniques et écrites et, en dernier lieu, d'une mise en demeure du 11 avril 2024, reçue le 18 avril suivant, le vendeur ne lui a jamais transmis les certificats d'immatriculation définitifs, ce qui a conduit à l'immobilisation des véhicules en cause ce qui a contribué à désorganiser les services de la propreté qui en avaient l'usage.
5. Toutefois, alors que les deux véhicules en litige sont en circulation depuis décembre 2020, il ne résulte pas de l'instruction que les services communaux se soient préoccupés de leur immatriculation définitive avant janvier 2023, date à laquelle ils ont fait part à la SARL Automobiles Philippe Cyprès de leur souhait de les échanger contre des modèles similaires. Par courriel du 14 novembre 2023, la commune, prenant acte de l'impossibilité de les faire circuler, a d'ailleurs sollicité de cette société une proposition commerciale concernant la reprise de ces véhicules. Dans ces conditions et alors qu'elle ne pouvait ignorer que lesdits véhicules ne pouvaient plus circuler après le 8 avril 2021 et que, de surcroît, il n'est pas établi qu'ils aient circulé depuis le 14 novembre 2023, la collectivité publique, qui ne justifie que de démarches tardives et a ainsi contribué à la situation dont elle se prévaut, ne justifie pas de l'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qui s'attacherait désormais à ce que ces véhicules soient mis en service sur la voie publique en vue d'assurer la continuité ou même seulement le bon fonctionnement du service public.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de la commune de Franconville ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la commune de Franconville est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Franconville et à la société APC Automobile Philippe Cyprès.
Fait à Cergy-Pontoise, le 6 août 2024
Le juge des référés,
Signé
C. Huon
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.