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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2409883

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409883

lundi 2 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n°2409387 en date du 8 juillet 2024, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête enregistrée le 2 juillet 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil.

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés par le greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise les 10 et 16 juillet 2024, M. A C, représenté par Me André, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui fixer un rendez-vous de demande de titre de séjour et de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'exécuter la décision à intervenir dans les plus brefs délais, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est entaché d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnait l'article 6§5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet, conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 29 août 2024.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue des audiences.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 1er août 1984, est entré en France le 7 février 2023, muni d'un visa. A la suite d'un contrôle d'identité, le 30 juin 2024, effectué par les services de la police, M. C a été placé en rétention administrative et il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis, le même jour, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. C'est l'arrêté dont il est demandé l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué, comportant les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

3. Si M. C soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en ne prenant pas en compte les démarches entamées en vue de sa régularisation, il ressort des pièces du dossier qu'il ne produit aucun élément susceptible de démontrer qu'il avait entrepris de telles démarches au moment de son interpellation. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme infondé.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : [] 5 ) au ressortissant qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ".

5. M. C déclare être entré en France de manière régulière et qu'il entretient depuis une vie familiale stable, vivant en colocation avec ses sœurs, et déclare avoir une vie matrimoniale conforme à la législation française. Toutefois, l'intéressé ne produit aucun document, qu'il s'agisse de documents d'identité ou d'un livret de famille, permettant d'identifier les membres de sa famille présents sur le territoire français ni même attester d'une vie maritale quelconque. Enfin, il ne démontre aucune intégration professionnelle particulière. Ainsi, M. C n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien précité.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En l'espèce, comme il l'a été dit au point 5, M. C soutient qu'il justifie d'attaches familiales sur le territoire français, notamment eu égard au fait qu'il vive actuellement en colocation avec ses sœurs. Toutefois, il ne produit aucun élément justifiant de ses attaches familiales, l'avenant au bail de location versé au dossier n'étant pas suffisant pour établir l'existence de la présence de sa famille sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. C se borne à soutenir que la décision attaquée ne précise pas les risques qu'il est susceptible d'encourir en cas de retour dans son pays d'origine mais n'assortit son moyen d'aucune précision s'agissant de la nature des risques dont il se prévaut. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme démontrant qu'il serait personnellement exposé à des risques de mauvais traitements au sens des stipulations précitées, en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 30 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 septembre 2024.

La magistrate désignée,

signé

P. Bocquet

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2409883

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