Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409893

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur une demande de suspension d’un arrêté municipal d’opposition à déclaration préalable de travaux, a rejeté la requête de M. C. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, car le requérant n’a pas justifié de la date de signature de l’acte de vente ni démontré que la perte de la vente était certaine et imminente. La décision est fondée sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire en réplique enregistrés les 10, 23 et 24 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Gentilhomme, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Clamart a fait opposition à la déclaration préalable de travaux n° DP 92023 24 B0132 déposée le 30 mars 2024 en vue de la transformation d'un garage en pièce à vivre et salle d'eau et de la création de deux places de stationnement sur un terrain cadastré section U343, U344, U345, sis 101 rue Pierre Brossolette à Clamart ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Clamart de lui délivrer un certificat de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Clamart la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée porte une atteinte grave et immédiate à ses intérêts, dès lors qu'elle fait obstacle à la signature en temps utile de l'acte de vente pour lequel un compromis de vente sous condition suspensive a été signé les 26 et 27 mars 2024 ;

- les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* celle-ci a été prise par une autorité incompétente ;

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle a été adoptée en méconnaissance du principe du contradictoire prévu par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le dossier de déclaration préalable a été instruit en prenant en compte une parcelle non comprise dans l'objet du dossier de déclaration préalable ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, dans la mesure où le maire de la commune de Clamart n'était pas en situation de compétence liée pour s'opposer à la déclaration préalable de travaux à la suite de l'avis de défavorable de l'Inspection Générale des Carrières.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2024, la commune de Clamart conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2410739, enregistrée le 9 juillet 2024, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lebdiri, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 26 juillet 2024 à

10 heures.

Ont été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lebdiri, juge des référés ;

- les observations de Me Guranna, substituant Me Gentilhomme, pour M. C ;

- les observations de M. B, pour la commune de Clamart.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est propriétaire depuis le 30 novembre 2012 d'une maison d'habitation sise 101 rue Pierre Brossolette à Clamart (92140). Il a signé un compromis de vente les 26 et 27 mars 2024 en vue de la vente de ce bien immobilier, sous la condition suspensive de l'obtention d'une décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux portant sur la régularisation de la transformation du garage en une pièce de vie et une salle d'eau. Le 30 mars 2024, M. C a déposé un dossier de déclaration préalable de travaux auprès des services de la mairie de Clamart. Par une décision du 26 juin 2024, le maire de la commune de Clamart a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En ce qui concerne une décision d'opposition à déclaration préalable, il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi d'une demande de suspension, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'opposition à déclaration préalable sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. A cette fin, l'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, en tenant compte, notamment, des conséquences qui seraient susceptibles de résulter, pour les divers intérêts en présence, de la délivrance d'une décision de non-opposition à déclaration préalable provisoire à l'issue d'un réexamen de la demande ordonné par le juge des référés.

4. A l'appui de sa demande de suspension de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Clamart a fait opposition à sa demande de déclaration préalable de travaux, M. C soutient, dans le dernier état de ses écritures, que la vente de son bien immobilier ne pourra être réalisée, faute d'obtention d'une décision de non-opposition à déclaration préalable de travaux d'ici au 29 juillet 2024, date à laquelle les acquéreurs ont accepté de reporter la réitération de l'acte authentique, initialement fixée au 25 juillet. Toutefois, il est constant que, par courriel du 18 juillet 2024, le notaire de M. C a fait savoir à ce dernier que le notaire assistant les acquéreurs lui a indiqué : " Mes clients acceptent de signer l'acquisition en l'état, sous réserve que les vendeurs prennent en charge l'intégralité des frais de la procédure ". Ces termes, exempts de toute ambiguïté, ne peuvent être compris que comme signifiant que les acquéreurs ont renoncé à la condition suspensive liée à l'obtention d'une décision de non-opposition à déclaration préalable. Ainsi, le requérant ne justifie pas de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un moyen propre à créer, qu'en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué, les conclusions aux fins de suspension présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Clamart qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant une somme sur le fondement de ces dispositions, en remboursement des frais non compris dans les dépens exposés par la commune.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Clamart au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et à la commune de Clamart.

Fait à Cergy, le 29 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

S. Lebdiri

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.