Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409902
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409902 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Fafowora de Lombardon, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision " 48SI " du 15 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux ;
2°) d'ordonner, à titre provisoire, la reconstitution du capital de points attaché à son permis de conduire à hauteur de quatre points, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et de lui restituer son permis de conduire ;
3°) de condamner l'État à lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée l'empêche d'exercer ses activités professionnelles de chauffeur VTC indépendant et de chauffeur en contrat à durée déterminée et à temps partiel auprès de la société Little Motors, pour lesquelles la détention du permis de conduire est absolument nécessaire de par leur nature, alors qu'il est père de deux enfants en bas âge qu'il doit au demeurant conduire quotidiennement à la crèche à une distance de plus de trente kilomètres de son domicile ;
- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 223- 3 et R. 223-3 du code de la route en ce qu'il n'a pas été informé des infractions des 2 et 26 mars 2023 et 29 décembre 2022 qui lui sont reprochées, rendant les décisions de retrait correspondantes irrégulières ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision " 48SI " du 15 mai 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a invalidé le permis de conduire de M. A B, au motif que son solde de points était nul en raison de plusieurs infractions commises entre le 20 novembre 2022 et le 29 avril 2023 et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, la juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation des requérants ou aux intérêts qu'ils entendent défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. La condition d'urgence s'apprécie objectivement et globalement au regard de l'intérêt du demandeur mais aussi de l'intérêt public et notamment, s'agissant d'une décision d'invalidation d'un permis de conduire, des exigences liées à la protection de la sécurité routière.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, M. B fait valoir que la décision attaquée l'empêche d'exercer ses activités professionnelles de chauffeur VTC indépendant et de chauffeur en contrat à durée déterminée et à temps partiel auprès de la société Little Motors, pour lesquelles la détention du permis de conduire est absolument nécessaire de par leur nature, alors qu'il est père de deux enfants en bas âge qu'il doit au demeurant conduire quotidiennement à la crèche à une distance de plus de trente km de son domicile. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de son permis de conduire, que le requérant a commis sept infractions au code de la route depuis l'obtention de celui-ci ayant donné lieu à des retraits de 3 à 4 points, les quatre dernières ayant été commises sur une courte période entre novembre 2022 et avril 2023, parmi lesquelles figurent la circulation en sens interdit, sanctionnée d'un retrait de quatre points. Ainsi, eu égard à la gravité et au caractère répété des infractions au code de la route commises sur une courte période par M. B, les exigences de protection et de sécurité routière, dont il appartient au juge des référés de tenir compte, font obstacle à ce que puisse être regardée comme remplie la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. B en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du même code, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Cergy, le 23 juillet 2024
Le juge des référés,
signé
M. Poyet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.