Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409916
jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409916 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 juillet et 25 juillet 2024, Mme A B C, représentée par Me De Sèze, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 30 mai 2024 ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à son profit, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et ce depuis leur cessation ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve dans une situation de grande précarité, dépourvu de ressources et enceinte ;
- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'irrégularités de procédure tirées de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité et de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien ; en outre, l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile fixé est illégal ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles R. 321-3 et R.321-5 du code de la sécurité sociale et de l'article 4 de l'arrêté du 20 juillet 1992, dès lors qu'elle a été privée d'une garantie en l'absence d'information concernant la possibilité de bénéficier d'un examen de santé ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et, en particulier de son état de santé ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de cessation des conditions matérielles d'accueil, en méconnaissance de l'article 20 de la directive 2013/33/UE.
- la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil a méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, d'une part, qu'elle ne se trouvait pas dans un des cas prévus par ces dispositions et, d'autre part, qu'elle a justifié de sa situation particulière dont l'office n'a tenu compte ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et qu'aucun moyen soulevé par la requérante n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2409922, enregistrée le 10 juillet 2024 par laquelle Mme B C demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 20 juillet 1992 relatif aux examens périodiques de santé ;
- l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 29 juillet 2024 à
14 heures 30.
A été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar greffière d'audience, le rapport de M. Huon, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante congolaise (République Démocratique du Congo), née le 18 juillet 1993, a sollicité l'asile le 25 septembre 2023. Les services de l'OFII lui ont proposé une orientation d'hébergement à Metz, qu'elle a acceptée. Elle ne s'est toutefois pas présentée au lieu d'hébergement, en conséquence de quoi l'office a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Mme B C en a sollicité le rétablissement en faisant notamment valoir son état de santé et sa situation de précarité. Par une décision du 30 mai 2024, le directeur territorial de l'office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme B C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées aux fins de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. Au vu notamment de l'ensemble des explications et pièces produites en défense, aucun des moyens tels que visés ci-dessus n'est propre, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige. Il y a dès lors lieu, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, de rejeter les conclusions de Mme B C tendant à la suspension de l'exécution de cette décision et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B C, à Me de Seze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait, à Cergy-Pontoise, le 1er août 2024.
Le juge des référés,
Signé
C. Huon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.