Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409917

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2409917
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet de la demande de changement de statut de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant ne pouvant bénéficier de la présomption d'urgence applicable aux refus de renouvellement de titre de séjour, sa situation d'irrégularité étant antérieure à la décision attaquée et les éléments invoqués (promesse d'embauche, état de santé) ne caractérisant pas une urgence particulière. Par conséquent, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 juillet 2024, M. A B représenté par Me Gonidec, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite en date du

21 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée s'agissant d'une décision portant refus de changement de statut, au même titre qu'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour ; en outre il se trouve placé en situation irrégulière sur le territoire français alors qu'il est conjoint de français et père d'enfant français, dans l'impossibilité d'honorer sa promesse d'embauche en tant que consultant au sein de la société Byas Consulting, ou de se rendre au chevet de son père malade, avec les conséquences que cela a sur son état de santé psychique ;

Les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle méconnait les dispositions de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions pour l'obtention de sa demande ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au respect à sa vie privée et familiale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2400706 rendue le 16 février 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

- l'ordonnance n° 2403228 rendue le 25 avril 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

- l'ordonnance n° 2403956 rendue le 3 mai 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

- l'ordonnance n° 2408005 rendue le 26 juin 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

- l'ordonnance n° 2408185 rendue le 26 juin 2024 par le juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

- la requête n° 2409925, enregistrée le 10 juillet 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thobaty, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant palestinien né le 23 juin 1971, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " valable du 15 septembre 2022 au 14 septembre 2023. Le 5 août 2023, le téléservice " administration numérique pour les étrangers en France " (ANEF) a émis une attestation de dépôt d'une demande de renouvellement de ce titre de séjour. Une demande de complément d'informations, concernant les preuves de vie commune, lui a été adressée le 28 novembre 2023, à laquelle il a répondu le 14 décembre 2023. En parallèle, il a présenté une demande de changement de statut par voie postale le 21 février 2024. Il a déposé trois référés mesures-utiles devant le tribunal de

Cergy-Pontoise, que les juges des référés ont rejeté par ordonnances n° 2400706 du

16 février 2024, n° 2403228 du 25 avril 2024 et n° 2408185 du 26 juin 2024, au motif principal que des décisions implicites de rejet étaient nées sur ses demandes. Il a également déposé deux requêtes en référé suspension à l'encontre de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour présentée le 5 août 2023, enregistrées les 3 mai et 5 juin 2024, que les juges des référés ont rejeté par ordonnances n° 2403956 du 3 mai 2024 et n° 2408005 du 26 juin 2024 dès lors qu'il ne pouvait bénéficier d'une présomption d'urgence en raison du non-respect des dispositions de l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de changement de statut présentée le 21 février 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. En l'espèce, la décision de rejet a été opposée à une demande de changement de statut qui ne relève pas des cas de présomption d'urgence. Si M. B fait valoir qu'il se trouve placé en situation irrégulière sur le territoire français alors qu'il est conjoint de français et père d'enfant français, dans l'impossibilité d'honorer sa promesse d'embauche en tant que consultant au sein de la société Byas Consulting, ou de se rendre au chevet de son père malade, avec les conséquences que cela a sur son état de santé psychique, il ressort cependant des pièces du dossier qu'il bénéficiait d'un titre séjour " vie privée et familiale " dont il a sollicité le renouvellement au-delà des délais prévus par l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'il a lui-même contribué à la situation d'urgence qu'il invoque. Par ailleurs, il persiste au demeurant à produire à l'appui de ses allégations une promesse d'embauche non datée, des invitations à des conférences antérieures au dépôt de la présente requête, ainsi que des éléments médicaux liés à l'état de santé de son père en langue étrangère, lesquels ne démontrent pas que serait portée une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 31 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

G. Thobaty

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0