Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409940
vendredi 2 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Monconduit, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a notamment rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable puisqu'il a introduit un recours tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juin 2024 ;
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le refus de renouvellement du titre de séjour fait présumer une situation d'urgence ; qu'il est placé en situation irrégulière sur le territoire français ; qu'il risque d'être licencié de son emploi ; qu'il risque d'être arrêté.
- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :
* elle est insuffisamment motivée ;
* sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ; il justifie de la pérennité et de la réalité de son emploi ; le préfet aurait dû examiner sa situation au regard de l'article L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de sa vie privée et familiale ;
* cette décision a été en rendue au terme d'une procédure irrégulière et est entachée d'une erreur de droit, au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
* elle est entachée d'un erreur de fait dès lors que son employeur a déposé une demande d'autorisation de travail, dès le 30 novembre 2023, qui a fait l'objet d'une décision favorable le 10 janvier 2024 ;
* elle est entachée d'une erreur de droit en raison du défaut d'examen de sa situation ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 421-1 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :
* elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de renouvellement de titre de séjour ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Val-d'Oise a communiqué, le 19 juillet 2024, l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel il abroge en toutes ses dispositions l'arrêté du 6 juin 2024.
Vu :
- la requête n° 2409921, enregistrée le 10 juillet 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée :
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme L'Hermine, conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 31 juillet 2023 à 13h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de Mme L'Hermine, juge des référés, qui informe également les parties, en application des dispositions des articles R. 611-7 et R. 522-9 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir est susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office et tiré de ce qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 6 juin 2024 à la suite de son abrogation par un arrêté du 17 juillet 2024 du préfet du Val-d'Oise ;
- les observations de Me Sun Troya, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens ;
- le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 27 octobre 1981, est entré en France en 2010. Il a été muni de deux cartes de séjour portant la mention " salarié " dont la dernière expirait le 15 mai 2023. Par un arrêté du 6 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant en application de de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté en tant que le préfet du Val-d'Oise rejette sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui fait obligation de quitter le territoire.
Sur les conclusions à fin de suspension au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Il résulte de l'instruction que le préfet du Val-d'Oise a, par un arrêté du 17 juillet 2024, postérieur à l'introduction de la requête, abrogé l'arrêté du 6 juin 2024 en toutes ses dispositions. Ainsi, les conclusions à fin de suspension de la requête de M. B sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. L'abrogation d'une décision prise sur une demande a pour effet de saisir à nouveau l'autorité administrative. Celle-ci demeure en conséquence tenue de statuer sur cette demande dans les conditions fixées par les dispositions qui la régissent. Toutefois, cette obligation ne résulte pas de l'ordonnance qui, en prononçant un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution à intervenir dans un délai déterminé. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de suspension de l'arrêté du 6 juin 2024 du préfet du Val-d'Oise.
Article 2 : L'État versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 2 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
M. L'Hermine
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24099402