Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2409955
mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2409955 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GULER |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n° 2409519 du 9 juillet 2024, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A B, enregistrée le 4 juillet 2024.
Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 23 août 2024, M. B, représenté par Me Guler, avocat désigné d'office, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et l'a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier de non-admission Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation
- il méconnait le principe de respect des droits de la défense ;
- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistrée le 23 août 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête et communique les pièces du dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 août 2024 :
- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Guler, avocat désigné d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 15 avril 1978, déclare être entré sur le territoire français en 2009. Le 3 juillet 2024, l'intéressé a été contrôlé par les services de polices puis placé en retenue administrative. Par un arrêté du même jour, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué et en particulier de ses motifs qui font état d'une décision d'éloignement concernant les ressortissants de l'Union européenne sans rapport avec l'intéressé, que la situation personnelle de M. B, ressortissant pakistanais, n'a pas été sérieusement examinée par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être accueilli.
3. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 3 juillet 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. B a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois doit être annulé.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
5. Ainsi que le prévoient les dispositions précitées, le présent jugement implique que la situation de M. B soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation du requérant dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de munir M. B d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Enfin, il y a également lieu de d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de procéder à l'effacement du signalement de M. B au fichier européen de non-admission.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 3 juillet 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, d'une part, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, d'autre part, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail et, enfin, de procéder à l'effacement du signalement de l'intéressé au fichier européen de non-admission.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 10 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Beaufaÿs La greffière,
Signé
Z. Bouayyadi La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.