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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410012

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410012

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEJARD ZAÏRE SELTENE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance n° 2402053 en date du 12 juillet 2024, la magistrate désignée du Tribunal administratif de Nancy a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme F C G, enregistrée le 9 juillet 2024.

Par cette requête, et un mémoire enregistré le 11 juillet 2024, Mme C G demande au Tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme C G soutient que :

l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle remplissait les conditions d'obtention de plein droit d'un titre de séjour ;

la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

la décision fixant le pays de destination :

- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens de la requête de Mme C G ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et d'assignation à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Prost ; le magistrat désigné relève que les conclusions présentées à l'audience tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence sont irrecevables ;

- les observations de Me Seltene, avocate désignée d'office, représentant Mme C G, qui conclut aux mêmes fins et ajoute que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- la décision portant assignation à résidence, notifiée le 11 juillet 2024, est disproportionnée, dès lors qu'elle vit désormais dans le département de la Seine-Saint-Denis ;

- le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C G a été interpellée, le 7 juillet 2024, en flagrant délit de tentative de vol avec effraction par les services de police de Cergy, qui ont constaté, à cette occasion, sa présence irrégulière sur le territoire français. Par un arrêté en date du 8 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise a obligé Mme C G à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté en date du 11 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a assignée à résidence dans le département du Val-d'Oise et l'a obligée à se présenter une fois par jour, entre 8h et 12h au commissariat de Cergy. Par la présente requête, Mme C G demande au Tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Mme C G a bénéficié de l'assistance d'un avocat commis d'office qui l'a représenté à l'audience. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de la présente instance.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision portant assignation à résidence :

4. Aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1° () de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification () Le délai de quarante-huit heures prévu au premier alinéa est également applicable à la contestation de la décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à la décision d'éloignement, alors même que la légalité de cette dernière a été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. / Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables au jugement de la décision d'assignation à résidence contestée en application du présent article ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C G a reçu notification, le 11 juillet 2024 à 19h55, de l'arrêté d'assignation à résidence contesté, la décision du 8 juillet 2024 portant rétention administrative de l'intéressée ayant pris fin. Ayant seulement contestée la décision portant assignation à résidence à l'audience du 18 juillet 2024, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de quarante-huit heures suivant sa notification, les conclusions dirigées contre cette décision sont irrecevables pour cause de tardiveté et doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 :

6. L'arrêté du 8 juillet 2024 a été signé par Mme E B, cheffe de la section éloignement, qui disposait d'une délégation de signature aux fins de signer les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D A, directeur des migrations et de l'intégration, consentie par un arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

7. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé.

8. Il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée avant de prendre les décisions contestées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Mme C G soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle est arrivée en France en 2017, qu'elle dispose d'une résidence stable et habituelle, qu'elle poursuit sa scolarité dans un établissement français et pouvait donc bénéficier d'un titre de séjour de plein droit au titre de la vie privée et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle a déclaré aux services de police être entrée en France en 2021 pour la dernière fois, qu'elle n'a justifié d'aucune résidence stable et habituelle devant le préfet du Val-d'Oise ou à l'instance et qu'elle ne produit aucune pièce à même de justifier de la poursuite de ses études. Enfin, il est constant que la requérante se trouve en situation irrégulière sur le territoire français. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle était bénéficiaire d'un droit au séjour et qu'elle ne pouvait donc pas faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que si la requérante se prévaut d'une demi-sœur de nationalité française, elle est célibataire et sans enfant à charge, qu'elle est retournée dans son pays d'origine en 2020 et être entrée, pour la dernière fois, sur le territoire français en 2021 et qu'elle indique passer son baccalauréat sans en justifier. En l'état des pièces du dossier, Mme C G n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Pour les mêmes motifs qu'énoncés précédemment, Mme C G n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

13. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, Mme C G n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de départ volontaire serait privée de base légale.

14. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code prévoit que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement () ".

15. Mme C G soutient que la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions susmentionnées, dès lors qu'elle justifiait de circonstances particulières au regard de sa " situation globale ". Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11 du présent jugement, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que la requérante ne justifiait pas de circonstances particulières. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise était fondé à refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire, dès lors qu'il existait un risque qu'elle se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, Mme C G n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait privée de base légale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

17. Il résulte de ce qui a été dit plus haut que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire et dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

19. Il ressort des pièces du dossier que pour interdire à Mme C G de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Val-d'Oise, après avoir rappelé dans l'arrêté la situation personnelle de l'intéressée, a retenu qu'aucun délai de départ volontaire ne lui avait été accordé, que cette dernière ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière et qu'elle est célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, Mme C G n'établit pas que le préfet du Val-d'Oise aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent, en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'ayant pas méconnu les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de Mme C G ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles liées aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Mme C G n'est pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C G est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C G et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F.-X. Prost

La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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