Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410032
jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, Mme A B, représentée par
Me Ben Thabet, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'erreurs de fait et d'erreur de droit dès lors que d'une part, elle disposait d'un délai de trente jours pour quitter le territoire français à compter de l'obligation de quitter le territoire du 26 juin 2024 et qu'elle ne s'est pas illégalement maintenue en France et d'autre part, qu'elle est divorcée et mère de deux enfants à charge ;
- elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la circulaire du 28 novembre 2012 et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est présente en France depuis plus de quatre ans, qu'elle travaille et qu'elle est mère de deux enfants, l'un scolarisé, l'autre lourdement handicapé ;
- elle méconnait des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observation en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Debourg, conseillère, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Debourg, magistrate désignée. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante moldave née le 12 juillet 1985 à Hincesti est entrée sur le territoire français le 19 février 2020 selon ses déclarations. Par un arrêté du 10 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, et d'une part, si Mme B fait valoir que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors qu'elle disposait d'un délai de trente jours pour quitter le territoire, octroyé par une précédente obligation de quitter le territoire français émise le 26 juin 2024, à l'encontre de laquelle elle peut exercer un recours, elle ne l'établit pas par les pièces produites dans le cadre de la présente instance. Par suite, ces moyens ne pourront qu'être écartés.
3. D'autre part, s'il est constant que la décision litigieuse mentionne que la requérante est parent d'un enfant alors qu'elle a deux enfants, elle n'établit ni avoir fourni les documents nécessaires pour informer la préfecture de cette circonstance, ni que ses enfants seraient présents sur le territoire. Par suite, l'erreur de fait dont serait entachée la décision est sans influence sur sa légalité. Par suite, le moyen sera donc écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. En l'espèce, la requérante se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2020, de sa situation professionnelle en qualité de monteur câbleur électricien au sein de la société sécurité système paris, et de la présence de ses enfants, dont l'une est handicapé et l'autre est scolarisé. Toutefois, il ressort des mentions de la décision litigieuse qu'elle a été interpellée pour travail illégal au sein d'un restaurant. Par conséquent, elle n'établit pas la continuité et la stabilité de l'emploi dont elle se prévaut. En outre, elle n'établit ni même n'allègue que la scolarité et la prise en charge médicale de ses enfants ne pourraient se poursuivre en Moldavie. Enfin, elle n'établit pas davantage que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
6. En troisième lieu, si Mme B soutient que l'arrêté litigieux méconnait les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circulaire du 28 novembre 2012, relatifs au séjour, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qu'elle se soit vu opposer une décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par conséquent, ces moyens sont inopérants.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
8. Comme il a été dit au point 2 du présent jugement, l'intéressée ne produit pas la pièce de nature à justifier qu'elle disposait d'un délai de départ volontaire jusqu'au 26 juillet 2024. En outre, si elle soutient être mère de deux enfants présents sur le territoire, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se constitue dans son pays d'origine, où il n'est pas allégué qu'ils pourront poursuivre leur scolarité et suivi médical. Ainsi, bien que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public, la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne méconnaît pas les dispositions précitées et n'est entachée ni d'une erreur de fait, ni d'une erreur d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence celles relatives aux frais liés du litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet du Val d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
T. Debourg
La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°241003