jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410052 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | QUEMERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, la société Saint-Denis Constructions, représentée par Me Grange, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre, avant-dire droit, à la commune de Taverny de lui communiquer, avec copie au tribunal, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, les motifs détaillés du rejet de son offre avec les notes obtenues sur chacun des sous-critères de la valeur technique ainsi que les caractéristiques et avantages de l'offre retenue, sur chacun des critères et sous-critères et de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de 8 jours à compter de la date à laquelle la commune de Taverny aura communiqué ces informations, afin qu'elle puisse contester utilement le rejet de son offre ;
2°) d'annuler toutes les décisions se rapportant à la procédure de passation du lot n°3 " Terrassement - Gros œuvre " du marché ayant pour objet les travaux de reconstruction du gymnase Jean Bouin ;
3°) d'enjoindre à la commune de Taverny, si elle entend poursuivre la procédure de passation, de la reprendre au stade de l'analyse des offres, en excluant celle présentée par la société SVABTP ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Taverny la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le pouvoir adjudicateur a manqué à ses obligations de publicité et de mise en concurrence aux motifs que :
- en méconnaissance des dispositions des articles R. 2181-1, R. 2181-3 et R. 2181-4 du code de la commande publique le pouvoir adjudicateur n'a pas délivré une information précise détaillant les motifs du rejet de son offre lui permettant de contester utilement ce rejet ;
- la procédure est irrégulière en ce qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 2142-1, R. 2142-1, R. 2143-3 et R. 2144-1 du code de la commande publique, dès lors que le pouvoir adjudicateur s'est abstenu de vérifier si la société attributaire présentait les capacités techniques et professionnelles et financières suffisantes pour l'exécution du marché ;
- les offres de la requérante et de la société attributaire ont été dénaturées ; en effet alors qu'elle est spécialisée dans le domaine d'activité se rapportant à l'objet du marché public, elle aurait dû obtenir une note supérieure à la société attributaire qui n'est pas spécialisée dans les travaux de terrassement et de gros œuvre mais dans la construction de routes et d'autoroutes.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, la commune de Taverny, prise en la personne de son maire, représentée par Me Béjot et Me Ferré, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, faute de comporter de précision sur le nom et les fonctions du représentant légal habilité à représenter la requérante ;
- aux termes des courriers des 5 juillet et 23 juillet 2024, la société requérante, qui a eu connaissance des notes obtenues par elle par la société attributaire, a été suffisamment informée des motifs du rejet de son offre ;
- l'absence de références de la société attributaire n'est, à elle seule, pas de nature à disqualifier sa candidature étant relevé qu'il n'appartient pas au juge des référés de vérifier que l'exécution du contrat entre dans l'objet social de l'attributaire ; en tout état de cause, ce dernier a produit des références attestant de ses capacités à réaliser le marché ;
- le moyen, au demeurant imprécis, tiré d'une prétendue erreur dans l'appréciation des mérites respectifs des offres est inopérant.
Par un mémoire distinct, enregistré le 25 juillet 2024, la commune de Taverny a mentionné les motifs de son refus de soumettre au débat contradictoire la pièce comportant les références produites par la société attributaire de nature à révéler sa stratégie commerciale et communiquées au greffe du tribunal selon les modalités prévues aux articles R. 412-2-1 et R. 611-30 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, la société SVABTP, représentée par Me Quéméré, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré du défaut d'information suffisante du candidat évincé manque en fait ;
- ainsi qu'elle l'a démontré par les pièces produites à l'appui de sa candidature, elle dispose des moyens et qualifications la rendant apte à prétendre au marché en litige ;
- la société requérante n'apporte aucun élément à l'appui de son moyen tiré d'une prétendue dénaturation des offres, qui, en tout état de cause, n'est pas fondé.
Par un mémoire distinct, enregistré le 29 juillet 2024, la société SVABTP a mentionné les motifs de son refus de soumettre au débat contradictoire les pièces présentées à l'appui de sa candidature et de son offre couverte par le secret des affaires et communiquées au greffe du tribunal selon les modalités prévues aux articles R. 412-2-1 et R. 611-30 du code de justice administrative.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 29 juillet 2024, la société Saint-Denis Constructions conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, tout en prenant acte de ce que les informations lui permettant de contester utilement son offre lui ont été communiquées.
Elle soutient, en outre, que :
- la société SVABTP ne remplit pas les conditions du référentiel Qualibat EFF 3, qui correspond à un effectif moyen annuel de 21 à 50 salariés, exigé par le règlement de la consultation ;
- la méthode de notation est irrégulière en ce qu'elle repose non sur des critères préalablement définis mais sur une comparaison entre les offres remises ;
- l'appréciation portée sur le sous-critère technique n° 4 est entachée de dénaturation ;
- en ce qui concerne le sous critère n° 5, le pouvoir adjudicateur a utilisé des éléments d'appréciation sans lien avec ce sous-critère.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référés.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 29 juillet 2024 à
16 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Huon, juge des référés ;
- les observations de Me Grange, représentant la société Saint-Denis Constructions, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les moyens à l'exception du moyen, expressément abandonné, tiré de l'absence de communication des motifs détaillés du rejet de son offre ;
- les observations de Me Marchand, représentant la commune de Taverny, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens ;
- les observations de Me Quéméré, représentant la société SVABTP, qui persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.
En vue d'obtenir un complément d'information de la part des parties, la clôture de l'instruction a été différée au mardi 30 juillet 2024 à 17 h 00.
Par des mémoires, enregistrés le 30 juillet 2024 à 10 h 11 et 16 h59, la société Saint-Denis Constructions confirme qu'elle ignorait l'existence de la société attributaire avant la passation du marché et soutient que cette dernière n'a pas fourni les certificats professionnels exigés par le règlement de la consultation.
Par un mémoire, enregistré le 30 juillet 2024 à 15 h 13, la commune de Taverny reprend ses moyens précédents. Elle fait valoir en outre que :
- une incomplétude du dossier de candidatures ne conduit pas à l'élimination automatique du candidat dès lors qu'il peut faire preuve de sa capacité par tous moyens, ce que prévoyait d'ailleurs le règlement de la consultation ; à cet égard, la société attributaire a produit une attestation de ses effectifs moyens set de son chiffre d'affaires sur les trois dernières années ;
- sous couvert de dénaturation, la requérante entend en réalité critiquer l'appréciation portée sur son offre, ce qui ne relève pas du juge des référés précontractuels ;
- le moyen tiré de ce que la méthode de notation serait erronée n'est pas fondé en droit.
Par un mémoire, enregistré le 30 juillet 2024 à 15 h 34, la société SVABTP fait valoir qu'elle dispose de 30 compagnons ce qui lui permet d'atteindre l'objectif de la qualification EFF3.
Un mémoire a été présenté pour la société Saint-Denis Constructions le 30 juillet 2024, à 17 h 37, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.
Des mémoires ont été présentés par la société SVABTP le 10 juillet 2024 à 18 h 27 et le 31 juillet 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Par avis d'appel public à la concurrence publié le 19 avril 2024, la commune de Taverny a lancé une procédure de passation pour un marché public, divisé en vingt lots, ayant pour objet les travaux de reconstruction du gymnase Jean Bouin. La société Saint-Denis Constructions a remis une offre pour le lot n°3 " Terassement - Gros-œuvre ". Par un courrier du 5 juillet 2024, elle a été informée du rejet de cette offre classée en deuxième position sur cinq avec la note globale de 74,93 et l'attribution du lot en cause à la SVABTP ayant obtenu une note de 81. Par un courriel en date du 11 juillet 2024, elle a sollicité auprès de la commune de Taverny la communication des motifs textuels détaillés justifiant les notes obtenues par l'attributaire ainsi que les caractéristiques et avantages de cette offre, des notes concernant chacun des sous-critères de la valeur technique ainsi que du montant de l'offre moins-disante. Ces informations lui ont été communiquées par lettre du 23 juillet 2024, dont elle a accusé réception le 25 juillet suivant. Par la présente requête, la société Saint-Denis Constructions demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.551-1 du code de justice administrative, d'annuler toutes les décisions se rapportant à la procédure de passation du lot n°3 " Terrassement - Gros œuvre " du marché public ayant pour objet les travaux de reconstruction du gymnase Jean Bouin.
A titre liminaire, en ce qui concerne la mise en œuvre de la procédure prévue à l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative :
2. L'article L. 611-1 du code de justice administrative prévoit que : " Les exigences de la contradiction mentionnées à l'article L. 5 du présent code sont adaptées à celles de la protection du secret des affaires () ". Aux termes de l'article R. 611-30 de ce même code : " Lorsqu'une partie produit une pièce ou une information dont elle refuse la transmission aux autres parties en invoquant la protection du secret des affaires, la procédure prévue par l'article R. 412-2-1 est applicable ". Aux termes de l'article R. 412-2-1 de ce code : " Lorsque la loi prévoit que la juridiction statue sans soumettre certaines pièces ou informations au débat contradictoire ou lorsque le refus de communication de ces pièces ou informations est l'objet du litige, la partie qui produit de telles pièces ou informations mentionne, dans un mémoire distinct, les motifs fondant le refus de transmission aux autres parties, en joignant, le cas échéant, une version non confidentielle desdites pièces après occultation des éléments soustraits au contradictoire. Le mémoire distinct et, le cas échéant, la version non confidentielle desdites pièces sont communiqués aux autres parties. / Les pièces ou informations soustraites au contradictoire ne sont pas transmises au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-6 mais sont communiquées au greffe de la juridiction sous une double enveloppe, l'enveloppe intérieure portant le numéro de l'affaire ainsi que la mention : "pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative". / Si la juridiction estime que ces pièces ou informations ne se rattachent pas à la catégorie de celles qui peuvent être soustraites au contradictoire, elle les renvoie à la partie qui les a produites et veille à la destruction de toute copie qui en aurait été faite. Elle peut, si elle estime que ces pièces ou informations sont utiles à la solution du litige, inviter la partie concernée à les verser dans la procédure contradictoire, le cas échéant au moyen des applications informatiques mentionnées aux articles R. 414-1 et R. 414-6. Si la partie ne donne pas suite à cette invitation, la juridiction décide des conséquences à tirer de ce refus et statue sans tenir compte des éléments non soumis au contradictoire. / Lorsque des pièces ou informations mentionnées au premier alinéa sont jointes au dossier papier, celui-ci porte de manière visible une mention signalant la présence de pièces soustraites au contradictoire. Ces pièces sont jointes au dossier sous une enveloppe portant la mention : "pièces soustraites au contradictoire-Article R. 412-2-1 du code de justice administrative" ".
3. Au vu de l'ensemble des écritures des parties, l'examen des documents versés à l'instance par les deux co-défendeurs en mettant en œuvre la procédure définie à l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, n'apparaissent pas utiles à la solution du litige. En conséquence, il a été décidé de ne pas statuer au vu de ces pièces ni de les soumettre au débat contradictoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative
4. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ". Aux termes de son article L. 551-3 : " Le président du tribunal administratif ou son délégué statue en premier et dernier ressort en la forme des référés ".
5. En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles qui sont susceptibles d'être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l'entreprise qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l'avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente. Le juge saisi peut ordonner à l'auteur d'un manquement aux dispositions auxquelles ces dispositions se réfèrent, de se conformer à ses obligations, suspendre la passation du contrat ou l'exécution de toute décision qui s'y rapporte, annuler ces décisions et supprimer des clauses ou des prescriptions destinées à figurer dans le contrat. Toutefois, les pouvoirs conférés au juge des référés précontractuels par l'article L. 551-1 du code de justice administrative ne peuvent plus être exercés après la conclusion du contrat.
En ce qui concerne la communication des motifs du rejet de l'offre de la société Saint-Denis Constructions :
6. A l'audience, la société Saint-Denis Constructions, au vu des deux courriers qui lui ont été adressés le 11 et 24 juillet, mentionnés au point 1, a expressément abandonné son moyen tiré de ce qu'elle n'avait pas reçu communication des motifs du rejet de son offre afin de pouvoir contester utilement ce rejet. Il n'y a donc pas lieu d'examiner ce moyen ni de surseoir à statuer dans l'attente de la communication des éléments en cause.
En ce qui concerne l'insuffisance des capacités de l'attributaire :
7. Aux termes de l'article L. 2142-1 du code de la commande publique : " L'acheteur ne peut imposer aux candidats des conditions de participation à la procédure de passation autres que celles propres à garantir qu'ils disposent de l'aptitude à exercer l'activité professionnelle, de la capacité économique et financière et des capacités techniques et professionnelles nécessaires à l'exécution du marché. / Ces conditions sont liées et proportionnées à l'objet du marché ou à ses conditions d'exécution ". Aux termes de l'article R. 2142-2 de ce code : " Lorsque l'acheteur décider de fixer des niveaux minimaux de capacité, il ne peut exiger que des niveaux minimaux liés et proportionnés à l'objet du marché ou à des conditions d'exécution ". Aux termes de l'article R. 2142-14 du même code : " L'acheteur peut exiger que les opérateurs économiques disposent d'un niveau d'expérience suffisant, démontré par des références adéquates provenant de marchés exécutés antérieurement. Toutefois, l'absence de références relatives à l'exécution de marchés de même nature ne peut justifier, à elle seule, l'élimination d'un candidat. "
8. Il résulte de ces dispositions que le pouvoir adjudicateur doit contrôler les garanties professionnelles, techniques et financières des candidats à l'attribution d'un marché public et que les documents ou renseignements exigés à l'appui des candidatures doivent être objectivement rendus nécessaires par l'objet du marché et la nature des prestations à réaliser. Le juge du référé précontractuel ne peut censurer l'appréciation portée par le pouvoir adjudicateur sur les niveaux de capacité technique exigés des candidats à un marché public, ainsi que sur les garanties, capacités techniques et références professionnelles présentées par ceux-ci, que dans le cas où cette appréciation est entachée d'une erreur manifeste.
9. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Taverny n'aurait pas vérifié les capacités techniques et professionnelles de la société SVABTP avant de l'autoriser à soumissionner puis de lui attribuer le lot en litige.
10. En second lieu, d'une part, si la société Saint-Denis Constructions soutient que la société SVABTP est spécialisée dans la construction de routes et d'autoroutes en se prévalant des mentions portées sur son extrait Kbis, il ressort de ce document qu'il mentionne également les travaux publics et de bâtiment. Au demeurant, et alors même qu'il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, lorsqu'une personne morale de droit privé se porte candidate à l'attribution d'un contrat de commande publique, de vérifier que l'exécution de ce contrat entre dans le champ de son objet social, la société SVABTP se prévaut, sans être contestée, de la réalisation depuis l'année 2017 d'une dizaine de chantiers de bâtiment (logements accompagnés, le cas échéant de parkings, extension d'un groupe scolaire, réhabilitation d'un bâtiment public) qui attestent de son expérience ancienne et significative dans ce domaine.
11. D'autre part, la société Saint-Denis Constructions fait grief à la commune de Taverny de ne pas avoir écarté la candidature de la société SVABTP au motif que cette dernière n'aurait pas fourni le référentiel Qualibat EFF 3, qui correspond à un effectif moyen annuel de 21 à 50 salariés, exigé par le règlement de la consultation. Toutefois, même à supposer cette circonstance établie, il résulte de l'instruction que la société adjudicataire a produit, à l'appui de sa candidature, outre les références des réalisations mentionnées au point 12 ainsi que l'évolution de son chiffre d'affaires depuis 2021, un état de ses effectifs moyens annuels faisant apparaître pour les années 2021, 2022 et 2023, un effectif s'élevant respectivement à 21, 25 et 31 salariés (hors intérimaires), ce qui est corroboré, de manière suffisamment probante, par les attestations URSSAF produites par la société SVABTP. Cette société a ainsi présenté, conformément d'ailleurs au règlement de la consultation, des éléments équivalents au certificat de qualification professionnelle en cause.
12. Dans ces conditions, et alors que la société Saint-Denis Constructions se borne à des critiques laconiques qui, de toute évidence, ne sont motivées que par sa conviction, toute personnelle, de disposer d'un savoir-faire bien supérieur à celle de sa concurrente - et au soutien de laquelle elle n'a d'ailleurs jamais apporté un commencement de preuve -, il n'est établi ni que la candidature de la société SVABTP aurait été irrégulière ni qu'en admettant cette candidature le pouvoir adjudicateur aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des capacités financières et technique de ladite société.
En ce qui concerne la méthode d'analyse des offres :
13. Le pouvoir adjudicateur définit librement la méthode de notation pour la mise en œuvre de chacun des critères de sélection des offres qu'il a définis et rendus publics. Il peut ainsi déterminer tant les éléments d'appréciation pris en compte pour l'élaboration de la note des critères que les modalités de détermination de cette note par combinaison de ces éléments d'appréciation. Une méthode de notation est toutefois entachée d'irrégularité si, en méconnaissance des principes fondamentaux d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures, les éléments d'appréciation pris en compte pour noter les critères de sélection des offres sont dépourvus de tout lien avec les critères dont ils permettent l'évaluation ou si les modalités de détermination de la note des critères de sélection par combinaison de ces éléments sont, par elles-mêmes, de nature à priver de leur portée ces critères ou à neutraliser leur pondération et sont, de ce fait, susceptibles de conduire, pour la mise en œuvre de chaque critère, à ce que la meilleure note ne soit pas attribuée à la meilleure offre, ou, au regard de l'ensemble des critères pondérés, à ce que l'offre économiquement la plus avantageuse ne soit pas choisie. Il en va ainsi alors même que le pouvoir adjudicateur, qui n'y est pas tenu, aurait rendu publique, dans l'avis d'appel à concurrence ou les documents de la consultation, une telle méthode de notation.
14. Si la lettre d'information du 23 juillet 2024 met en lumière, afin d'apporter une complète information au candidat évincé, les mérites des différentes offres, il ressort de ce même document, s'agissant de l'appréciation de la valeur technique, que le pouvoir adjudicataire ne s'est pas borné à apprécier les offres remises les unes par rapport aux autres, mais a analysé séparément chaque offre et, en particulier celle de la société Saint-Denis Constructions, au regard de critères préalablement définis, en en relevant les points forts et les points faibles et en fixant, en conséquence, une note pour chaque sous-critère. Au demeurant, aucun principe ne fait obstacle à ce que le pouvoir adjudicateur tienne compte, dans son appréciation, des avantages et inconvénients comparés de chaque proposition. Le moyen tiré de l'irrégularité de la méthode de notation ne peut donc qu'être écarté.
En ce qui concerne les mérites comparés des offres :
15. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en méconnaissant ou en altérant manifestement ses termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
16. En premier lieu, la société Saint-Denis Constructions, qui ne saurait utilement contester l'appréciation portée sur son offre n'établit pas que le pouvoir adjudicateur en aurait dénaturé le contenu en soutenant qu'elle disposerait d'une expérience technique supérieure à celle de l'attributaire, liée notamment à sa longue expérience des marchés publics, circonstance qui, du reste, ainsi qu'il a été dit plus haut, n'a jamais été démontrée.
17. En second lieu, d'une part, s'agissant du sous-critère technique n° 4 " qualité des matériaux ", pour lequel elle a obtenu une note de 1 sur 5, la société requérante se borne à indiquer qu'elle avait développé son offre sur ce point en explicitant la référence et la marque des produits mis en œuvre, leur provenance, leurs conditions de réception, de contrôle, de validation et de stockage. Toutefois, faute de produire le document en cause, elle n'établit qu'en estimant sa proposition peu précise quant à certaines informations, le pouvoir adjudicateur aurait, au-delà d'une simple appréciation, altéré le contenu de son offre. D'autre part, en ce qui concerne le sous-critère technique n° 5 " qualité du planning - moyens d'optimiser les délais ", il a été accordé une note de 5 sur 5 (soit une note pondérée de 10) à la société SVABTP en retenant " une bonne prise en compte des interactions et l'utilisation d'un logiciel de gestion de projet ainsi que l'adaptation dans l'exécution de travaux pour optimiser les temps de tâches ". Ce faisant, contrairement à ce qui est soutenu, l'administration n'a pas retenu des éléments d'appréciation dépourvus de tout lien avec le critère de sélection en cause. Par ailleurs, en l'absence de précision, il n'est pas établi que le pouvoir adjudicateur aurait dénaturé les éléments présentés par la société requérante à l'appui de ce critère.
18. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin-de non-recevoir soulevée en défense par la commune de Taverny, que les conclusions présentées par la société Saint-Denis Constructions sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
19. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation " ;
20. D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Taverny, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que demande la société Saint-Denis Constructions au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
21. D'autre part, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Saint-Denis Constructions au profit de la commune de Taverny et de la société SVABTP une somme de 2 500 euros chacune au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Saint-Denis Constructions est rejetée.
Article 2 : La société Saint-Denis Constructions versera à la commune de Taverny et à la société SVABTP une somme de 2 500 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par la commune de Taverny et la société SVABTP sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Saint-Denis Constructions, à la commune de Taverny et à la société SVABTP.
Fait à Cergy-Pontoise, le 1er août 2024
La juge des référés,
Signé
C. Huon
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°241005
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026