Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410058
jeudi 1 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, M. B A demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite, née le 14 mai 2024, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans l'attente de la décision au fond, dans un délai de deux semaines à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors d'une part qu'ayant déposé une demande de renouvellement de titre de séjour, il est maintenu dans une situation irrégulière depuis l'expiration de son document de circulation pour étranger mineur, et d'autre part, qu'il se retrouve sans ressources suite à la suspension de sa bourse et ne peut pas travailler ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- elle est insuffisamment motivée, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas répondu à sa demande de communication de motifs reçue le 30 mai 2024 ;
- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis l'âge de six ans, qu'il est étudiant, qu'il a toutes ses attaches personnelles et familiales en France et qu'il n'a plus de lien avec son pays d'origine ;
- elle est entachée d'une erreur manifestation d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2410060, enregistrée le 12 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 29 juillet 2024 à
14 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Huon, juge des référés ;
- les observations orales de M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né le 6 septembre 2004, est arrivé en France à l'âge de six ans. Il a été mis en possession de plusieurs documents de circulation pour étranger mineur, le dernier expirant le 5 septembre 2023. Le 14 janvier 2024, il a déposé sur démarches-simplifiées une demande de titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision, née du silence gardé pendant plus de quatre mois sur cette demande, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. D'une part, si M. A était titulaire d'un document de circulation pour étranger mineur valable du 11 juin 2021 au 5 septembre 2023, un tel document, qui permet à son possesseur de justifier de son identité afin de circuler librement sur le territoire français, ne saurait être considéré comme étant un titre de séjour. Au demeurant, l'intéressé n'a sollicité un tel titre que le 14 janvier 2024 soit après la date d'expiration de ce document et alors qu'il était déjà âgé de plus de dix-neuf ans. Par suite, et contrairement à ce que soutient le requérant, sa demande de titre de séjour ne peut qu'être regardée non comme une demande de renouvellement mais comme une première demande, de sorte qu'il ne peut se prévaloir de la présomption d'urgence qui s'attache à l'hypothèse d'un refus de renouvellement.
5. D'autre part, M. A fait valoir qu'il était titulaire d'une bourse d'études pour l'année universitaire 2023-2024 dont le versement a été suspendu en l'absence de titre de séjour et qu'il ne pourra prétendre à sa reconduction pour l'année à venir. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le paiement de cette bourse a été interrompu dès le 24 janvier 2024, soit il y a six mois, ce qui n'a pas fait obstacle à la poursuite des études de l'intéressé. A cet égard, M. A qui réside aux côtés de sa mère et de son beau-père, n'établit pas qu'il se trouverait dans une situation particulièrement précaire. Dans ces conditions, et alors, de surcroît, qu'il a présenté sa demande de titre de séjour bien après son accession à la majorité, contribuant ainsi à la situation d'urgence dont il se prévaut désormais, le requérant, quels que soient ses mérites par ailleurs, ne justifie pas que la décision contestée préjudicierait de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts nécessitant l'intervention du juge des référés à bref délai. Par suite, la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée, en l'espèce, comme satisfaite.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 1er août 2024
Le juge des référés,
Signé
C. Huon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410058