Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410061
lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410061 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. C B, représenté par Me Kacou, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de la décision du 8 avril 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'obtention de son titre de séjour s'avère indispensable à la conservation de son emploi en ce que l'irrégularité de sa situation le place dans une situation de grande précarité et lui fait courir le risque du licenciement ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
* la décision de refus de séjour est entachée de l'incompétence de son auteur ;
* elle est insuffisamment motivée ;
* elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
* elle est entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle est méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européennes de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle est méconnait les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention européennes de sauvegarde des droits de l'enfant ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la personnelle de l'intéressé.
* La décision fixant le délai de départ volontaire manque de motivation sur la nécessité d'envisager un délai supérieur à trente jours.
Vu :
- la requête n° 2406580, enregistrée le 7 mai 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européennes de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Buisson, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C B, ressortissant ivoirien né le 26 août 1987, a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le 3 octobre 2023. Il s'est vu remettre un récépissé de demande de titre de séjour le 2 avril 2024. Par un arrêté en date du 8 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, a pris une obligation de quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé du pays de renvoi. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du préfet du Val-d'Oise en date du 8 avril 2024.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article L. 614-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8 ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. (). / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ". Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a organisé dans ses articles L. 614-1 et suivants une procédure particulière de contestation de la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi qui se traduit notamment par le caractère non exécutoire de telles décisions pendant le délai de recours ouvert à leur encontre, par l'effet suspensif attaché au recours formé devant le tribunal administratif jusqu'à ce que ce que celui-ci ait statué. Toutefois, ces dispositions qui prévoient que le recours devant le juge administratif a un effet suspensif sur les seules décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, n'ont ni pour objet ni pour effet de priver les requérants de la possibilité de présenter une demande de suspension à l'encontre de la décision de refus de séjour.
3. Il résulte de ces dispositions que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ne sont pas justiciables de la procédure instituée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative devant le juge des référés du tribunal administratif dans la mesure où il ne saurait lui être demandé de suspendre l'exécution de décisions dont le recours en annulation formé contre elles a déjà entraîné cet effet suspensif. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre les décisions du préfet portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ne sont pas recevables.
Sur les conclusions à fin de suspension de la décision de refus de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes de l'article L. 521-1 du même code : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Enfin, aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en résulte qu'il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant l'octroi des conditions matérielles d'accueil à un demandeur d'asile, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate dudit refus sur la situation concrète de l'intéressé. Il appartient ainsi au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
6. Si, pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du 8 avril 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, M. B fait notamment valoir qu'il est titulaire, depuis le 1er avril 2024 d'un contrat à durée indéterminée conclu sous couvert du récépissé de demande de titre de séjour dont il disposait alors, qui est arrivé à expiration le 27 juin 2024, et que son employeur l'a mis en demeure de produire avant le 15 juillet prochain, un justificatif de séjour sous peine de licenciement, aucune des justifications fournies par le requérant, dont il ne ressort pas des pièces qu'il aurait été titulaire d'un titre de séjour depuis son entrée en France, n'est de nature à justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris en ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.
Fait à Cergy, le 15 juillet 2024.
Le juge des référés,
signé
L. Buisson
La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°24100650