Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410069

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410069
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a été saisi par M. A, ressortissant algérien, d’une demande de suspension de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 22 septembre 2023 clôturant sa demande de renouvellement de certificat de résidence pour motif d’incomplétude. Le juge a rejeté la requête, considérant que la condition d’urgence n’était pas établie, faute pour le requérant de justifier de circonstances particulières rendant nécessaire une mesure provisoire immédiate, la décision ne constituant pas un refus de renouvellement de titre de séjour. La solution retenue s’appuie sur les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative et sur la jurisprudence relative à l’appréciation de l’urgence en matière de titres de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Benane, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L.521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 22 septembre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a clôturé sa demande de renouvellement de certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4)° d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un récépissé de demande de renouvellement de certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Benane en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire, de lui verser la somme directement.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée, dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, en outre il est dans l'impossibilité de signer un contrat d'alternance et de valider son année scolaire ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2409978, enregistrée le 11 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 28 avril 2001, a déposé une demande de renouvellement de son certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant ", le 18 octobre 2022. Il a ensuite été mis en possession de deux attestations de prolongation d'instruction, dont la dernière a expiré le 1er septembre 2023. Le 2 juin 2023, le préfet lui a adressé une demande de pièces complémentaires à laquelle M. A a répondu. Par un courriel en date du 22 septembre 2023, notifié sur le téléservice de l'administration numérique pour les étrangers en France, le préfet a clôturé sa demande pour incomplétude du dossier. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, " quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". L'article L. 522-3 du même code précise que " lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour ou d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision en litige.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. A soutient que la décision en litige porte atteinte à sa situation professionnelle et scolaire, en ce qu'en l'absence de document justifiant de la régularité de son séjour, il se trouve dans l'impossibilité de signer un contrat d'alternance et, par conséquent, de valider son année scolaire, l'obligeant à redoubler sa deuxième année du brevet de technicien supérieur (BTS), alors qu'il a déposé sa demande le 18 octobre 2022. Il soutient également que l'urgence est présumée dès lors que le classement sans suite de sa demande doit être regardé comme un refus de renouvellement de titre de séjour le plaçant en situation irrégulière sur le territoire français depuis le 2 septembre 2023. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A a déposé un recours en annulation contre la décision en litige le 11 juillet 2024, soit près de dix mois après la notification de ladite décision, de sorte que le requérant n'établit pas que la décision en litige porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de cette décision soit suspendue. En conséquence, la condition d'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, selon la procédure prévue par les dispositions de l'article

L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Benane.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 22 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

M. Poyet

La République mande au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.