Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410076

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationRéférés urgents

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la requête de M. F et M. G tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 12 juillet 2024. Cet arrêté mettait en demeure les occupants illégaux d'un terrain municipal à Chars de quitter les lieux sous 48 heures, sous peine d'évacuation forcée. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, jugeant que l'arrêté était signé par une autorité compétente, suffisamment motivé et fondé sur un risque d'atteinte à l'ordre public. La décision s'appuie notamment sur les articles 9 et 9-1 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juillet et 17 juillet 2024, M. H F et M. A G, représentés par Me Candon, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2024-0697 du 12 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur le terrain municipal situé rue des écoles à Chars (Val-d'Oise) de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, faute de quoi il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions des articles 9 et 9-1 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une interdiction de stationnement par le président de la communauté de communes Vexin Centre ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article 9-1 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000, dès lors que le campement en cause ne porte nullement atteinte à la salubrité, à la sécurité ou la tranquillité publique ; notamment, les caravanes sont équipées de sani-broyeurs et de moyens de conservation des eaux usées, de sorte qu'il n'existe aucun risque de pollution ; le raccordement électrique, au demeurant de droit, a été fait dans les règles de l'art, dans les mêmes conditions que sur les aires de grand passage et ils se sont engagés à régler leur consommation ; le branchement provisoire à l'eau, qui constitue également un droit, est effectué sur une borne à incendie sans risque de chute du niveau d'eau du réseau et sans danger ni difficulté pour les sapeurs-pompiers ; il n'existe aucun dépôt d'ordures, les familles disposant de plusieurs conteneurs poubelles à l'entrée du terrain ; il n'existe pas de tensions avec les riverains et la légère dégradation du portail commun à l'école et au terrain pourra être réparée avant leur départ ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant au délai de 48 heures qu'il a fixé pour quitter les lieux.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 17 juillet 2017, ont été produites pour les requérants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 17 juillet 2024 à 10h.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Louvel, magistrat désigné ;

- les observations de M. F, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. C, représentant le préfet du Val-d'Oise ;

- et les observations de Mme B, maire de la commune de Chars.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n° 2024-0697 du 12 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur le terrain municipal situé rue des écoles à Chars (Val-d'Oise) de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, faute de quoi il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage. Par la présente requête, MM. F et G, deux de leurs occupants, demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, si l'arrêté contesté a été signé par M. D E, sous-préfet, directeur de cabinet, celui-ci disposait d'une délégation du préfet du Val-d'Oise consentie par un arrêté du 1er juillet 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise, à l'effet de signer, au nom du préfet, les " arrêtés de mise en demeure de quitter les lieux aux gens du voyage irrégulièrement installés sur des propriétés publiques ou privées, en application des articles 9 et 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 modifiée () ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, ainsi que le rapport de gendarmerie du 7 juillet 2024 et la demande de la maire de Chars du 11 juillet 2024. Il ressort, par ailleurs, des termes mêmes de cet arrêté que le préfet s'est fondé sur le risque d'atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques engendré par l'installation d'occupants sans droit ni titre sur le terrain en cause et sur la circonstance que la commune de Chars comptant moins de 5 000 habitants, elle n'est pas soumise aux obligations du schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage. Les considérations de droit et de fait sur lesquelles il est fondé sont ainsi suffisamment détaillées pour mettre en mesure les requérants d'en discuter utilement les motifs et le juge d'exercer son contrôle. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet () II. - Dans chaque département, au vu d'une évaluation préalable des besoins et de l'offre existante, notamment de la fréquence et de la durée des séjours des gens du voyage, de l'évolution de leurs modes de vie et de leur ancrage, des possibilités de scolarisation des enfants, d'accès aux soins et d'exercice des activités économiques, un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : / 1° Des aires permanentes d'accueil, ainsi que leur capacité () 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires () / Les communes de plus de 5 000 habitants figurent obligatoirement au schéma départemental. () ". Aux termes de l'article 9 de la même loi : " I. - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 () / II. - En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. / Cette mise en demeure reste applicable lorsque la résidence mobile se retrouve à nouveau, dans un délai de sept jours à compter de sa notification aux occupants, en situation de stationnement illicite sur le territoire de la commune ou de tout ou partie du territoire de l'intercommunalité concernée en violation du même arrêté du maire ou, s'il est compétent, du président de l'établissement public de coopération intercommunale prévu au I et de nature à porter la même atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publiques. / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. ". Selon l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en oeuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques ".

5. Il résulte de ces dispositions que, pour les communes qui entrent dans le champ d'application des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2020, la mise en œuvre, par le préfet, de la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue par le II de l'article 9 de cette même loi en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, n'est subordonnée qu'à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain.

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la commune de Chars, qui compte moins de 5 000 habitants et n'est pas inscrite au schéma départemental d'accueil des gens du voyage ni n'est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, relève des dispositions précitées de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2020. Par ailleurs, par décision du 23 septembre 2023, le président de la communauté de communes Vexin Centre, qui a reçu compétence en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage et au nombre desquelles compte la commune de Chars, a renoncé au transfert à son bénéfice du pouvoir de police spéciale en matière d'accueil et de passage des gens du voyage. Par suite, le préfet du Val-d'Oise a légalement pu prendre l'arrêté de mise en demeure de quitter les lieux en litige sur demande de la maire de Chars. Le moyen tiré de ce que la procédure suivie serait à cet égard irrégulière ne peut donc qu'être écarté.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport de gendarmerie du 7 juillet 2024, ainsi que du jeu de photographies versées à l'instance en défense, que le campement en litige est occupé par une vingtaine de caravanes dont l'entrée a été rendue possible par la dégradation du portail d'accès de l'école primaire pour accéder au terrain de football. Il ressort de ces mêmes pièces que les occupants illégaux du terrain ont procédé de façon non conventionnelle à un branchement sauvage électrique sur le transformateur électrique alimentant l'école primaire, laissant des câbles exposés à proximité d'installations utilisées par les usagers du complexe sportif, qui comptent de nombreux mineurs. Si les requérants indiquent qu'ils ont procédé à un branchement sécurisé, ils n'en justifient pas alors que plusieurs photographies montrent au contraire la présence au même endroit de câbles électriques et de tuyaux d'eau sans protection particulière. Il ressort également de l'instruction que le terrain de sport occupé est situé à proximité immédiate de l'école primaire de Chars et du centre de loisirs regroupant actuellement une quarantaine d'enfants, dont le planning d'activité, du fait de l'impossibilité d'accéder aux équipements sportifs, a été fortement remis en cause. La circulation des véhicules sur des voies internes non adaptées présente, en outre, un risque pour leur sécurité, comme pour celle des usagers du complexe sportif. Il ressort également du rapport de gendarmerie qu'il existe un risque de déversement des eaux usées dans les égouts ou sur voie publique et qu'aucune mesure de collecte et ramassage des déchets, adaptée au nombre de familles présentes, n'existe, ce qui implique un risque d'accumulation et la présence de nuisibles. La circonstance que les caravanes seraient équipées de sani-broyeurs est à cet égard sans incidence, de même que celle que les gens du voyage occupant le terrain en litige seraient prêts à régler leur consommation électrique. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'occupation du terrain de sport entrave le bon déroulement d'animations sportives et associatives pour la population communale présente au cours de la période estivale. Enfin, le préfet fait à juste titre valoir le risque de tensions avec les riverains, et le risque de troubles à l'ordre public qui en découle. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation au regard de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000, que le stationnement de résidences mobiles sur ce terrain était de nature à porter atteinte à la salubrité, à la sécurité et à la tranquillité publiques. Le moyen tiré de ce que cet arrêté serait à cet égard illégal ne peut donc qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, la mise en demeure de quitter les lieux " est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ". En ordonnant aux occupants de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, délai qui n'est pas inférieur au délai prévu par la loi, le préfet n'a donc pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de MM. F et G tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquences, des conclusions des requérants présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de MM. F et G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H F, à M. A G et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée à la commune de Chars.

Fait, à Cergy, le 18 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. LouvelLa greffière,

signé

M. Soulier

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.