Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410084
mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410084 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 juillet 2024, les sociétés SNCF Gares et Connexions et Retail et Connexions, représentées par Me Chalavon, demandent au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à la SARL Arunan de libérer l'emplacement qu'elle occupe, situé sur le parvis de la gare d'Ecouen-Ézanville, en bon état d'entretien, exempt de toute pollution et déchets, libéré de tous objets mobiliers, et de leur remettre le registre de sécurité et les clés du local, sans délai et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
2°) d'ordonner l'expulsion de la SARL Arunan de l'emplacement susvisé, sans délai et sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de la SARL Arunan la somme de 5 000 euros, à verser conjointement aux sociétés SNCF Gares et Connexions et Retail et Connexions, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la mesure sollicitée est urgente, dès lors que le maintien sans titre de la SARL Arunan sur une dépendance du domaine public entrave l'intérêt du service public ferroviaire et sa continuité en ce qu'il fait obstacle à la réalisation du projet de réaménagement de la gare d'Écouen-Ézanville dans les délais impartis ; en outre, la SARL Arunan est débitrice d'une dette importante envers elles ;
- la mesure demandée est utile, dès lors qu'il n'existe aucun autre moyen pour libérer l'emplacement irrégulièrement occupé ;
- aucune contestation sérieuse ne s'oppose à la mesure demandée, dès lors que la SARL Arunan est occupante sans droit ni titre d'une dépendance du domaine public depuis le 30 juin 2024 et refuse de la quitter.
La requête a été communiquée à la SARL Arunan, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des transports ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Le Président du tribunal a désigné M. Huon, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er août 2024 à 13 heures 45 en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :
- le rapport de M. Huon, juge des référés ;
- les observations orales de Me Chalavon, représentant les sociétés SNCF Gares et Connexions et Retail et Connexions, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
La SARL AArunan n'était pas représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 29 juin 2019, la SARL Arunan a conclu une convention avec la société SNCF Gares et Connexions, représentée par la société Retail et Connexions, son mandataire exclusif, prenant effet le 1er juillet 2019 et expirant le 30 juin 2024, l'autorisant à occuper un emplacement situé sur le parvis de la gare d'Ecouen-Ézanville. Par un courrier en date du 11 mars 2024, la société SNCF Gares et Connexions a rappelé à la SARL Arunan la date d'échéance de la convention, l'a informée de l'existence d'un projet d'aménagement de la gare d'Ecouen-Ezanville, dont fait partie l'emplacement en cause, et l'a invitée à libérer l'emplacement occupé avant le 28 juin 2024. La SARL Arunan ne s'est pas présentée à l'état des lieux du 28 juin 2024 et continue depuis lors d'occuper l'emplacement litigieux. Par la présente requête, les sociétés SNCF Gares et Connexions et Retail et Connexions demandent au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner à la SARL Arunan de libérer les lieux.
Sur la demande d'expulsion du domaine public :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. D'une part, si le juge judiciaire est compétent pour connaître des litiges nés du contrat de droit privé passé entre une personne privée occupante du domaine public, qui n'est pas délégataire de service public ou qui n'agit pas pour le compte d'une personne publique, et une autre personne privée, même si ce contrat comporte occupation du domaine public, il n'appartient qu'au juge administratif de se prononcer sur les demandes par lesquelles le propriétaire ou le gestionnaire du domaine public lui demande l'expulsion de l'occupant irrégulier de ce domaine, quelle que soit la nature du titre dont cet occupant était le cas échéant titulaire et qui, antérieurement à son extinction, en permettait l'occupation régulière.
4. D'autre part, lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
5. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que, par une convention du 29 juin 2019, l'établissement public SNCF Réseau aux droits duquel est venue, à compter du 1er janvier 2020, la SA SNCF Gares et Connexion, sous-filiale de la SA SNCF a, en sa qualité de gestionnaire du domaine public ferroviaire, autorisé la société Arunan à occuper, pour une durée de cinq ans, un emplacement d'une surface totale de 68,5 m2 situé en gare d'Ecouen-Ezanvielle sur la commune d'Ezanville (95) et ce, en vue d'y exploiter un commerce d'alimentation générale sous l'enseigne " Panier Sympa ". Outre que la société Arunan ne s'est jamais acquittée de la redevance annuelle prévue par la convention, elle s'est maintenue dans les lieux après 30 juin 2024, date d'expiration de celle-ci, en dépit d'un rappel qui lui a été adressé par un courrier du 11 mars 2024 reçu le 14 mars suivant et ne s'est même pas présentée à l'état des lieux de sortie. De même, les demandes de paiement de la redevance, dont la dernière, signifiée par voie d'huissier le 27 juin 2024, sont demeurées infructueuses.
6. Il résulte par ailleurs de l'instruction et il n'est, du reste, pas contesté que l'emplacement occupé par la société AArunan, dont il est constant qu'il fait partie du domaine public ferroviaire, est englobé dans un projet de réaménagement de la gare Ecouen-Ezanville comprenant, d'une part, la modernisation du parvis de la gare et la réorganisation de l'intermodalité par le réaménagement complet et la labellisation du parking et, d'autre part, la cession d'une partie du terrain d'assiette en vue de la construction d'un ensemble immobilier à caractère social. Il ressort du planning de l'opération que les travaux de la première branche du projet, qui entraîneront la démolition du local en cause, doivent débuter au début de l'année 2025 impliquant sa libération avant cette date, de sorte que la mesure d'expulsion sollicitée, qui en l'absence de titre d'occupation valide, ne se heurte à aucune contestation sérieuse présente un caractère utile. Cette mesure présente également, en l'espèce, un caractère d'urgence, compte tenu des délais nécessaires pour que l'occupant libère les lieux et récupère l'ensemble de ses équipements et alors que le comportement résolument mutique de ce dernier à l'égard des demandes de la société gestionnaire peut raisonnablement faire craindre la nécessité du concours de la force publique, retardant d'autant la date d'évacuation effective des lieux.
7. Il ressort des écritures des sociétés requérantes que l'autorisation d'occupation du domaine public accordée au second commerce concerné au même titre que la société Arunan, par la première phase des travaux a été résiliée par anticipation pour motif d'intérêt général - à savoir la réalisation desdits travaux - avec effet au 26 septembre 2024. Dans ces conditions, et alors que la convention de la SARL Arunan n'a expiré qu'il y a un mois, il sera fait une juste appréciation de la situation, et notamment des contraintes liées à la période estivale, en ordonnant à la société Arunan de restituer dans son état initial le local qu'elle occupe sans droit ni titre au plus tard le 26 septembre 2024, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard passé ce terme. Faute de quoi, le gestionnaire pourra poursuive l'expulsion.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a seulement lieu de mettre à la charge de la société Arunan au profit de la société SNCF Gares et Connexion une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la société Arunan de libérer l'emplacement qu'elle occupe dans la gare d'Ecouen-Ezanville et de le restituer au gestionnaire dans son état initial, libre de tous objets mobiliers et exempt de pollution et de déchets, et ce, avant le 26 septembre 2024, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de cette date. Faute d'exécution, dans ce délai, les sociétés SNCF Gares et Connexions et Retail et Connexions pourront poursuivre l'expulsion de la société Arunan.
Article 2 : La société Arunan versera à la société SNCF Gares et Connexion une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée aux sociétés SNCF Gares et Connexions et Retail et Connexions et à la société Arunan.
Fait à Cergy-Pontoise, le 6 août 2024.
Le juge des référés
Signé
C. Huon
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.