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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410116

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410116

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNEGOTIUM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par la commune de Puteaux pour ordonner l'expulsion de la société "Le Court Puteaux" d'une dépendance du domaine public communal. La commune soutenait l'urgence et l'utilité de la mesure en raison d'un trouble à l'ordre public et de la nécessité de désigner un nouvel occupant. Le juge des référés a rejeté la requête, considérant que la demande d'expulsion se heurtait à une contestation sérieuse, la société contestant la validité de la résiliation de la convention d'occupation devant le tribunal. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 2122-1 et L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2024, la commune de Puteaux, représentée par Me Banel, demande au juge des référés, statuant par application de l'article

L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner à la société " Le Court Puteaux " de libérer la parcelle communale accueillant le bar-restaurant du tennis de l'île de Puteaux située 2, allée de l'écluse à Puteaux sans délai à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de l'autoriser, une fois l'expulsion ordonnée et exécutoire, à entrer dans les lieux au besoin avec l'assistance d'un serrurier et le concours de la force publique, et à procéder au transport et à la séquestration des effets, meubles et objets, que la société occupante aurait laissés sur place, en tout lieu, y compris dans un garde-meuble, aux frais, risques et périls de l'intéressée ;

3°) de mettre à la charge de la société " Le Court Puteaux " la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le juge administratif est compétent dès lors que la parcelle occupée par la société " Le Court Puteaux " en vertu d'une convention d'occupation du domaine public signée le 15 avril 2022, constitue une dépendance du domaine public communal ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies dès lors que la société crée un trouble à l'ordre public et qu'elle nuit au bon fonctionnement du service public ; par ailleurs, l'occupation par la société préjudicie à la bonne gestion du site en ce que la commune ne peut pas désigner un nouvel occupant pour le début de la période estivale.

- les mesures sollicitées ne se heurtent à aucune contestation sérieuse

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet, la société Le Court Puteaux, représentée par Me Favot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la commune de Puteaux une somme de 2500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité ne sont pas remplies dès lors que l'exploitation se poursuit sans la moindre plainte, que les redevances sont versées à la commune, laquelle ne justifie d'aucune nécessité de disposer des locaux litigieux ;

- la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse compte tenu des motifs invoqués à l'appui de la contestation devant le tribunal de la décision de résiliation de la convention d'occupation du domaine public.

Des pièces complémentaires ont été produites pour la commune de Puteaux le 1er août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Huon, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 1er août 2024 à

15 heures 15.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huon, juge des référés ;

- les observations orales de Me Mascre, substituant Me Banel, représentant de la commune de Puteaux, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

La société Le Court Puteaux n'était pas représentée.

Considérant ce qui suit :

1. La commune de Puteaux a mis à la disposition de la société Le Court Puteaux un local à usage de bar-restaurant situé 2 allée de l'Ecluse à Puteaux par le biais d'une convention d'occupation du domaine public communal conclu le 15 avril 2022. Cette convention a été résiliée par courrier du 9 octobre 2023. La société Le Court Puteaux se maintenant dans les lieux, la commune de Puteaux demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de la société de ce local, désormais occupé sans droit ni titre.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

2. D'une part, l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose que : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". L'autorité propriétaire ou le gestionnaire du domaine public est recevable à demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier de ce domaine. Aux termes de l'article L. 2111-1 du même code : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à une mesure de résiliation d'une convention d'occupation du domaine public et où cette mesure est contestée, il appartient au juge des référés de rechercher, alors que le juge du contrat a été saisi d'un recours de plein contentieux contestant la validité de la résiliation du contrat et tendant à la reprise des relations contractuelles, si cette demande d'expulsion se heurte, compte tenu de l'ensemble de l'argumentation qui lui est soumise, à une contestation sérieuse. A cet égard, il lui incombe de rechercher si les vices invoqués à l'encontre de la mesure de résiliation lui paraissent, en l'état de l'instruction, d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le requérant, de cette résiliation.

4. En premier lieu, la commune de Puteaux est propriétaire des parcelles constituant l'Ile de Puteaux sur lesquels ont été aménagées des jardins, promenades et équipements sportifs, notamment une piscine de plusieurs bassins, intérieurs et extérieurs, des salles de gymnastiques, des terrains de football et de rugby, un practice de golf et vingt-quatre courts de tennis. Par suite, le local en litige, indissociable des autres aménagements de l'Ile de Puteaux qui sont affectés à l'usage direct du public, constitue une dépendance du domaine public communal, ce qui n'est, du reste pas contesté.

5. En deuxième lieu, termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décision mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 2° Infligent une sanction () ". L'article 23 de la convention d'occupation du domaine public du 15 avril 2022 stipule que " La présente convention pourra également être résiliée par la personne publique par lettre recommandée avec accusé de réception en cas d'inexécution par l'occupant de l'une de ses obligations, quinze jours calendaires après mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception restée en tout ou partie sans effet pendant ce délai. ".

6. Par lettre du 22 septembre 2023, la maire de la commune de Puteaux, reprenant les termes d'un échange en mairie le 18 septembre précédent, a rappelé à la société Le Court Puteaux que plusieurs troubles à l'ordre public lié à la fréquentation de l'établissement avaient été constatés entre juin et août 2023 et qu'une lettre anonyme faisait état de suspicion de travail dissimulé. Elle a alors d'une part, rappelé à la société la nécessité de respecter les horaires d'ouverture et la tranquillité du voisinage et, d'autre part, l'a invitée à fournir une attestation de conformité de l'URSSAF dans un délai de cinq jours. Par courriel du 2 octobre 2023, la société Le Court a indiqué aux services municipaux être en attente de l'attestation URSSAF, dont la délivrance avait été refusée en raison d'une erreur de son précédent comptable, erreur en cours de régularisation. Aux termes du courrier du 9 octobre 2023, la commune de Puteaux a notifié la résiliation de la convention au motif pour infraction de l'occupant à la réglementation du travail. Son recours administratif contre cette décision s'étant révélé infructueux, la société Le Court Puteaux, par requête enregistrée le 6 décembre 2023, a saisi le tribunal de céans en vue de constater les vices entachant la validité de la décision de résiliation et d'ordonner la reprise des relations contractuelles sans délai.

7. Certes, il ressort des circonstances ci-dessus rappelées que, comme le fait valoir la société Le Court Puteaux, la décision de résiliation n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire, dès lors, en particulier, que la lettre du 22 septembre 2023 s'est bornée à faire état de différents griefs sans mentionner l'éventualité d'une résiliation ni offrir expressément à la société Le Court Puteaux la possibilité de présenter ses observations au regard d'une telle mesure. Toutefois, au vu des éléments du dossier et des débats menés à l'audience, dès lors que les autorités municipales ont rencontré l'exploitant à plusieurs reprises, que les griefs formulés à l'encontre de ce dernier n'apparaissent ni manifestement infondés ni manifestement insusceptibles de justifier une mesure de résiliation et tandis que les relations entre les deux co-contractants sont désormais fortement dégradées, le vice de procédure relevé ci-dessus ne paraît pas, en l'état de l'instruction, d'une gravité suffisante pour conduire à la reprise des relations contractuelles et non à la seule indemnisation du préjudice résultant, pour le société Le Court Puteaux, de cette résiliation. La mesure sollicitée ne se heurte donc pas à une contestation sérieuse.

8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'en dépit de la mesure de résiliation, la société Le Court Puteaux poursuit, sans droit ni titre, l'exploitation du local litigieux de manière erratique, les jours et horaires d'ouverture étant parfaitement aléatoires. La commune de Puteaux établit que, contrairement à ce que soutient la société, cette exploitation s'accompagne de troubles à l'ordre public, caractérisés par des nuisances sonores et un stationnement anarchique de véhicules, dont la gravité a cru ces dernières semaines, ainsi qu'en témoignent les plaintes circonstanciées des voisins et les constats dressés par la police municipale. En outre, la commune s'est récemment avisée que la société Le Court Puteaux proposait la salle à la location pour des évènements pouvant accueillir 400 personnes jusqu'à deux heures du matin, créant un risque réel d'aggravation des troubles déjà constatés. Enfin, la commune de Puteaux fait valoir que l'occupation illégale du local, qui, en particulier, rend toute visite impossible, et l'absence de date prévisionnelle de libération des lieux l'empêchent de conclure une nouvelle convention avec un occupant qui s'engagerait à exploiter normalement le bar-restaurant alors que ce dernier est régulièrement fermé, privant ainsi les usagers des infrastructures sportives d'un service de restauration. Au regard de l'ensemble de ces circonstances, les conditions d'urgence et d'utilité sont remplies.

9. Il résulte de ce qui précède que toutes les conditions posées par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont satisfaites. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la société Le Court Puteaux de quitter le local qu'elle occupe sans droit ni titre au 2 allée de l'Ecluse à Puteaux et de le laisser libre de tous ses effets personnels (équipements, meubles, objets) et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'expiration du même délai. En outre, faute d'exécution, dans ce délai, la commune de Puteaux pourra poursuivre l'expulsion de la société Le Court Puteaux. En revanche, il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'autoriser la commune à demander à l'Etat, sur le fondement des dispositions du code des procédures civiles d'exécution, le concours de la force publique pour l'exécution de la présente décision. Il appartiendra à la commune de demander, si nécessaire, le concours de la force publique. Les conclusions présentées en ce sens sont, par suite, irrecevables et doivent être rejetées

Sur les frais au litige :

10. Il résulte des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, que le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée, et peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

11. La commune de Puteaux n'étant pas, dans la présente instance, la partie perdante les conclusions présentées par la société Le Court Puteaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. En revanche, par application de ces dispositions, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre une somme de 2 500 euros à la charge de la société Le Court Puteaux au profit de la commune de Puteaux.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la société Le Court Puteaux de libérer l'emplacement qu'elle occupe au 2 allée de l'Ecluse à Puteaux, de le restituer à la commune de Puteaux, libre de tous ses effets personnels, et ce, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé ce délai. A l'issue de ce délai, la commune de Puteaux pourra faire procéder à l'expulsion de la société Le Court Puteaux, aux frais, risques et périls de cette dernière,

Article 2 : La société Le Court Puteaux versera à la commune de Puteaux une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 3 : Les conclusions de la société Le Court Puteaux et le surplus des conclusions de la requête sont rejetés.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à commune de Puteaux et à la société Le Court Puteaux.

Fait à Cergy-Pontoise, le 6 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. Huon

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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