Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410129

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410129
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par M. A, ressortissant ivoirien, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral du 25 juin 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l’obligeant à quitter le territoire français. Le juge a disjoint les conclusions relatives au refus de séjour, renvoyées devant une formation collégiale, et a statué sur les décisions d’éloignement, d’interdiction de retour et d’assignation à résidence. Il a examiné le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, garantissant le droit à la vie privée et familiale. La solution retenue n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais le tribunal a appliqué les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Laurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions en date du 25 juin 2024 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de renouveler son titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'ordre public ;

- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au renvoi devant une formation collégiale de la contestation de la décision de refus de séjour et au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chaufaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date des décisions en litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux, magistrate désignée,

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 28 mars 1996 à Treichville, est entré en France le 6 octobre 2016, sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ", et a par la suite été muni de titres de séjour dont le dernier portant la mention " travailleur temporaire " valable du 4 mai 2023 au 3 mai 2024. Par deux arrêtés du 25 juin 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code en vigueur à la date des décisions en litige.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative alors en vigueur : " Lorsque l'étranger est () assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire (), la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire ".

4. En application des dispositions précitées, il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et assignant le requérant à résidence. La formation collégiale du tribunal reste cependant saisie des conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour et des conclusions accessoires à celle-ci. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A.

En ce qui concerne les autres décisions des arrêtés du 25 juin 2024 en litige :

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 6 octobre 2016 afin d'y poursuivre des études et a été par la suite titulaire de titres de séjour en qualité d'étudiant ou de travailleur temporaire, le dernier arrivant à expiration le 3 mai 2024. En outre, M. A travaille actuellement pour la société Natixis dans le cadre d'un contrat d'apprentissage, conclu le 7 septembre 2022, et produit une promesse d'embauche formulée par cette même société le 28 juin 2024 pour occuper la fonction de " chargé de reporting financier " à l'issue du contrat d'apprentissage dont la date de fin est fixée au 9 août 2024. Si le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir qu'il a été condamné par le tribunal judiciaire de Nanterre, dans le cadre d'une procédure en comparution immédiate pour des faits de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " commis le 30 août 2023, à une amende de 2 000 euros avec sursis, et qu'il est connu des services de police pour des faits de violence et de refus de se soumettre à un prélèvement biologique en 2021, procédure ayant été classée sans suite, ces circonstances, pour regrettables qu'elles soient, ne sont pas de nature à caractériser une menace actuelle et circonstanciée pour l'ordre public. En tout état de cause, au regard de l'ancienneté du séjour de l'intéressé, comme de son insertion académique et professionnelle, ces circonstances ne sauraient suffire à justifier l'atteinte portée par les décisions en litige au droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français, ainsi que, par voie de conséquence celles refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, portant fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et assignation à résidence.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête n° 2410129 de M. A tendant à l'annulation de la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour, ainsi que celles aux fins d'injonction, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Les arrêtés du 25 juin 2024 sont annulés en ce qu'ils portent obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et assignation à résidence.

Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Laurent et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

E. Chaufaux

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.