Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410156

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise avait ordonné le transfert de M. C, ressortissant turc, aux autorités italiennes responsables de sa demande d'asile. Le tribunal retient que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant ce transfert, car les parents du requérant résident en France où le père est en procédure d'asile, et que M. C n'a aucune attache en Italie. Cette solution se fonde sur le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, notamment ses articles 8 et 17, ainsi que sur la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de délivrer à M. C une attestation de demande d'asile en procédure normale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2024, M. D C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités européennes responsables de l'examen sa demande d'asile.

Il soutient que :

-l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 8 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'état responsable de l'examen de la demande d'asile de son père est la France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il arrivé directement en France ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne peut être séparé de ses parents.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024 à 10h14, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Goudenèche en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique du

25 juillet 2024.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant turc né le 13 septembre 2001, a introduit une demande d'asile en France le 22 mai 2024. La consultation du fichier " Visabio " a révélé que le requérant était en possession d'un visa périmé depuis moins de six mois, délivré par les autorités italiennes. La demande de prise en charge adressée aux autorités de ce pays, le 22 mai 2024, a donné lieu à un accord explicite le 11 juin 2024. Par un arrêté du 25 juin 2024 le préfet du Val-d'Oise a prononcé son transfert aux autorités européennes responsables de l'examen sa demande d'asile. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Le requérant est entré sur le territoire français accompagné de sa mère Mme B afin de rejoindre son père, et conjoint de Mme B, M. A C. Il ressort des pièces du dossier que ce dernier s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dont il ne ressort pas des pièces qu'elle aurait fait l'objet d'une première décision sur le fond. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant ne dispose d'aucune attache en Italie dès lors que ses parents sont présents sur le territoire français et que sa sœur réside toujours en Turquie dans son pays d'origine. Ainsi, quand bien même le requérant serait âgé de vingt-deux ans, il ressort des pièces du dossier que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 25 juin 2024 du préfet du Val-d'Oise doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Eu égard au motif de l'annulation de l'arrêté attaqué, et sous réserve de changement dans les circonstances de fait ou de droit, le présent jugement implique nécessairement que les autorités françaises soient responsables de l'examen de la demande d'asile de M. C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. C une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Par ces motifs le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 25 juin 2024 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une attestation de demande d'asile en procédure normale.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 29 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Goudenèche La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.