Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410167
mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410167 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, M. C A, représenté par Me Berz, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 13 juin 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour " talent - carte bleue européenne " ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa demande de titre de séjour fondée sur l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est présumée, dès lors que sa demande tend au renouvellement de son titre de séjour, via un changement de statut d'" étudiant " à " talent - carte bleue européenne " ; dans tous les cas, la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il risque d'être privé définitivement du contrat de travail qu'il a signé au mois de février 2024 et qu'il se retrouvera à l'expiration de son titre de séjour actuel en situation irrégulière ; en outre, il n'appartient pas aux services de la préfecture, qui l'ont orienté vers une demande de titre de séjour portant la mention " salarié", de juger de la pertinence de son choix en faveur d'un titre de séjour portant la mention " talent - carte bleue européenne " ; enfin, le recours en annulation de la décision attaquée ne pourra être audiencé dans un délai utile lui permettant de ne pas perdre son contrat de travail et d'éviter de se retrouver en situation irrégulière ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est dépourvue de base légale ;
* elle méconnaît l'article L. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* elle méconnaît la directive européenne 2021/1883/UE.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2410451, enregistrée le 16 juillet 2024, par laquelle M. D A demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant tunisien né le 4 novembre 1995, est entré en France le 14 décembre 2023 sous couvert d'un visa long séjour étudiant valant titre de séjour valable jusqu'au 15 octobre 2024. Le 28 avril 2024, il a déposé une demande de changement de statut au profit d'un titre de séjour " talent-carte bleue européenne " après avoir signé le même jour un contrat de travail à durée indéterminée avec la SELARL Pharmacie D A pour un emploi de pharmacien adjoint. Par un message du 13 juin 2024, M. D A a été avisé de la clôture de son dossier au motif qu'il est entré sur le territoire français avec un visa " étudiant " et non un " passeport talent " et qu'il n'a pas exercé un an sur son poste. M. D A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, la décision de rejet a été opposée à une demande de changement de statut qui ne relève pas des cas de présomption d'urgence. M. D A, qui bénéficie d'un titre séjour " étudiant ", a signé le 19 février 2024 un contrat de travail à durée indéterminée avec la SELARL D A, conditionné par l'obtention d'une carte de séjour pluriannuelle " talent-carte bleue européenne ". Ainsi, le requérant s'est placé lui-même dans la situation qu'il invoque. Par ailleurs, la décision litigieuse invite l'intéressé, dont le titre de séjour actuel est valable jusqu'au 15 octobre 2024, à prendre un rendez-vous via un lien sur le site dédié pour une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Il ne résulte pas de l'instruction que M. D A aurait entrepris une telle démarche. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que la décision en litige porte une atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.
5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe au regard des moyens invoqués un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. D A en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. D A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D A.
Fait à Cergy, le 23 juillet 2024
Le juge des référés,
Signé
T. Louvel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2410167