Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410171

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410171
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension présentée par M. A, ressortissant kazakh, qui contestait les décisions implicites du préfet des Hauts-de-Seine refusant de lui délivrer un titre de séjour et de renouveler son autorisation provisoire de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car la situation de précarité invoquée par le requérant résultait de l'expiration de son autorisation provisoire de séjour, et non d'une décision administrative nouvelle. En conséquence, la requête a été rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens soulevés, sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 juillet 2024, M. B A, représenté par

Me Fouache, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision intervenue le 5 octobre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision intervenue le 10 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " et ce, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'il tente en vain depuis le 2 mars 2024 d'obtenir le renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour et de travail qui lui a été délivrée en exécution du jugement du tribunal administratif de Melun du 13 février 2023, et a expiré le 10 mars 2024 ; le refus de renouveler son autorisation provisoire de séjour le place dans une situation de précarité et l'empêche d'être embauché dans le domaine des métiers de la sécurité alors qu'il est entré dans un parcours de formation/contrat d'apprentissage dans ce domaine ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :

* la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence de son auteur ;

* la décision de classement de sa demande de renouvellement d'autorisation provisoire de séjour est insuffisamment motivée ;

* les décisions contestées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation du préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation à titre exceptionnel ;

* la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît l'article

L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2410113, enregistrée le 15 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation des décisions contestées.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kazakhe né le 28 février 1969, est entré en France en 2000 selon ses déclarations. Il a été mis en possession, en dernier lieu, d'un titre de séjour valable jusqu'au 19 mai 2018. Le 13 février 2023, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 7 décembre 2021 portant obligation pour M. A de quitter le territoire français et a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. La demande de titre de séjour de M. A a été définitivement enregistrée le 5 juin 2023 et il a été mis en possession d'une attestation provisoire de séjour régulièrement renouvelée jusqu'au 10 mars 2024. Ses demandes de renouvellement ultérieures sont restées sans réponse. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions implicites par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et refusé de renouveler son autorisation provisoire de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre les décisions en litige par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour et la demande tendant au renouvellement de son autorisation provisoire de séjour, qui a expiré le 10 mars 2024, M. A fait valoir qu'il est entré dans un parcours de formation/contrat d'apprentissage dans le domaine de la sécurité et que les décisions litigieuses l'empêchent de poursuivre son contrat de formation ou de candidater pour être embauché dans ce domaine pourtant en tension, ce qui le place dans une situation de précarité. Toutefois, en l'état du dossier, dès lors qu'il n'est justifié ni de cette situation de précarité ni de circonstances caractérisant impérativement la nécessité de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente qu'il soit statué sur la requête au fond, l'urgence que M. A invoque ne peut être regardée comme constituée. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête dans toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 23 juillet 2024

Le juge des référés,

Signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2410171