Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410177

vendredi 23 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, qui contestait un arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français sans délai avec une interdiction de retour d'un an. Le juge a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen complet de la situation personnelle du requérant. Il a écarté les moyens d'erreur de fait et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute pour M. A d'apporter des preuves de sa résidence habituelle en France depuis 2011 ou de liens familiaux stables. La décision s'appuie sur les articles L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 7 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il indique qu'il a quitté le territoire en 2023 alors qu'il réside de manière habituelle en France depuis l'année 2011 ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il considère qu'il n'a pas de liens intenses sur le territoire français et porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le contrôle de police dont il a fait l'objet est entaché de disproportion ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il est susceptible d'entraîner sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit les pièces constitutives du dossier du requérant.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Moinecourt, conseillère, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moinecourt a été entendus au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 24 avril 1988 à Nador (Maroc), déclare être entré en France en 2011. Il a été interpelé le 7 juillet 2024 à la suite d'un contrôle d'identité. Il demande l'annulation de l'arrêté en date du 7 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne, notamment, que M. A est présent en France depuis 2011, qu'il s'est absenté en 2023 pour se rendre en Belgique, et fait état de sa situation familiale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier que le préfet aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de M. A..

5. En troisième lieu, si M. A soutient que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur de fait relative à sa durée de présence en estimant qu'il s'était absenté de France en 2023, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations, ni aucun justificatif de sa durée de Présence en France. Le moyen tiré de l'erreur ne peut par suite qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;

7. Si M. A soutient que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de fait dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine estime qu'il n'a pas de liens stables et intenses sur le territoire français et qu'il porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale, il n'apporte néanmoins aucune pièce à l'appui de ses allégations selon lesquelles il résiderait en France depuis 2011 et que résideraient également sur ce territoire plusieurs membres de sa famille. Il n'établit pas davantage une intégration personnelle et professionnelle stable et pérenne sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de fait et de la méconnaissance des stipulations précitées, et de l'erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 7 juillet 2024 susmentionné, et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 août 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. MOINECOURT

La greffière,

Signé

C. PHU

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2410177