Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410182

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. B A. Celle-ci demandait la suspension de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 21 juin 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a estimé que la condition d'urgence, pourtant présumée dans ce type de litige, n'était pas établie en l'espèce, et qu'aucun des moyens soulevés n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté. La décision s'appuie notamment sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 juillet et 31 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Loehr, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour d'une durée de validité de six mois, l'autorisant à travailler, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'outre la présomption d'urgence s'applique en matière de refus de renouvellement de titre de séjour, il est désormais en situation irrégulière, ce qui porte atteinte à sa situation professionnelle et à sa liberté d'aller et venir, l'exposant de surcroit à un risque de mesures d'expulsion ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

* il a été pris par une autorité incompétente ;

S'agissant des décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

* elles sont insuffisamment motivées ;

* elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'il a été privé de son droit d'être entendu ;

* elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

* elles sont entachées d'erreurs de fait ;

* elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public ;

* elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions des articles L. 433-1, L. 423-2 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et les dispositions de la directive " retour " ;

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

* elle est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

* elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

* elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

* elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 36 mois :

* elle illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

* elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de la directive " retour " ;

* elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire, enregistré le 1er août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la requête n° 2409109, enregistrée le 23 juin 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 1er août 2024 à

14 heures 30.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de

M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huon, juge des référés qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité, en application des dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des conclusions présentées aux fins de suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 juin 2024 en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de renvoi, et porte interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

- les observations de Me Loehr, représentant M. A, et les explications de ce dernier ; il déclare abandonner ses conclusions relatives aux décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant centrafricain, est entré en France le 2 juillet 2000 muni d'un visa valable du 30 juin 2000 au 15 août 2000. Il a été mis en possession de plusieurs titres de séjour, dont le dernier était valable du 30 mai 2022 au 29 mai 2024. Le 29 mars 2024, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 21 juin 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté cette demande et a prononcé à l'encontre de l'intéressé une obligation de quitter le territoire français sans délai avec fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur la demande de suspension de l'arrêté en tant qu'il porte sur l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour sur le territoire français :

2. Lors de l'audience, M. A a expressément déclaré se désister de ses conclusions relatives aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français. Ce désistement partiel est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la demande de suspension en tant qu'elle porte sur le refus de renouvellement de titre de séjour :

En ce qui concerne l'urgence :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

5. Il ressort des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas contesté que M. A, qui, en dernier lieu était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'au 29 mai 2024 en a sollicité le renouvellement, notamment sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du droit d'asile. Ainsi, dès lors que la décision en litige constitue un refus de renouvellement du titre de séjour de l'intéressé et que le préfet du Val-d'Oise ne fait état d'aucun élément susceptible de renverser la présomption d'urgence qui s'attache à la mesure de suspension sollicitée, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

6. D'une part, aux termes de l'article L 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. "

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ".

8. Si, en application de l'article L. 432-13 cité au point précédent, le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les textes qu'il vise, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A s'est marié en France le 26 août 2023 avec une ressortissante française, avec laquelle il vivait depuis 2014, et que la communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage. A tout le moins, il remplit donc les conditions de l'article de l'article L 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté. Par conséquent, et alors même que le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de l'intéressé au motif qu'il constituait, selon lui, une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de ce qu'en ne sollicitant pas l'avis de la commission du titre de séjour, l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, à lui seul, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

10. Il résulte de ce qui précède que les deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du de justice administrative sont remplies. Par suite, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Il ressort clairement de ces dispositions que, si, dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521 1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, et assortir cette suspension d'une injonction ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration, les mesures qu'il prescrit ainsi doivent présenter un caractère provisoire.

12. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de réexaminer, dans un délai de trois mois, la demande de M. A, notamment au regard des motifs de la présente ordonnance et de lui remettre, sous huit jours, un document provisoire de séjour assorti d'une autorisation de travail. En revanche, il n'y a pas lieu s'assortir cette double injonction d'une astreinte.

S'agissant des frais du litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat au profit de M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la requête tendant à la suspension de l'exécution des décisions, comprises dans l'arrêté attaqué, portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Article 2 : L'exécution de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'une part, de réexaminer la demande de

M. A, au regard des motifs de la présente ordonnance dans un délai de trois mois à compter de la notification de celle-ci et, d'autre part, de délivrer à l'intéressé, sous huit jours, un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond ou jusqu'à l'adoption d'une nouvelle décision administrative.

Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy-Pontoise, le 6 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. Huon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0