Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410229

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410229
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du 10 avril 2024 classant sans suite la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B. Le juge a considéré que la condition d'urgence n'était pas établie, le requérant ne justifiant pas d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation, notamment en raison de la seule menace de rupture de son contrat de travail. La requête a été rejetée par ordonnance sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, sans examen des moyens de légalité soulevés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. B, représenté par Me Mileo, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 10 avril 2024 par laquelle sa demande d'admission exceptionnelle au séjour a été classée sans suite ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet territorialement compétent d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours suivant l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le classement sans suite de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, intervenu le 10 avril 2024, plus de six mois après le dépôt de sa demande le 23 octobre 2023, et qui se fonde sur les nouvelles dispositions de l'article L. 731-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile entrées en vigueur le 28 janvier 2024, l'empêche de déposer une nouvelle demande de titre de séjour avant le 24 août 2026, alors qu'il remplit d'ores-et-déjà l'ensemble des conditions pour y prétendre ; par ailleurs, il est titulaire depuis le mois de septembre 2022 d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein qui risque d'être rompu, ce qui le privera de tout revenu professionnel et il se trouve exposé à tout moment au risque d'être placé en rétention ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de classement sans suite attaquée :

* elle est entachée d'une incompétence de son auteur ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle se fonde sur l'existence d'une précédente obligation de quitter le territoire français ;

* elle est dépourvue de base légale et méconnaît les principes généraux de sécurité juridique, de confiance légitime et de non-rétroactivité des actes administratifs ;

* elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet, en s'estimant lié par l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, ayant méconnu son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen complet et particulier de sa situation ;

* elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2410453, enregistrée le 16 juillet 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant azerbaïdjanais né le 13 mai 1993, est entré en France le 5 août 2016, muni d'un visa de court séjour selon ses déclarations. Le 23 octobre 2023, il a déposé sur la plateforme " démarches simplifiées " une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande, considérée irrecevable par la sous-préfecture d'Argenteuil, a été classée sans suite le 10 avril 2024 au motif qu'" [il fait] l'objet d'une OQTF exécutoire délivré par le préfet de police de Paris en date du 23/08/2022 notifiée le 24/08/2022 ". Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de classement sans suite du 10 avril 2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article

L. 522-1 ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Si, pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du 10 avril 2024 classant sans suite sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, M. B fait notamment valoir qu'il est titulaire, depuis le mois de septembre 2022, d'un contrat à durée indéterminée qui lui permet de bénéficier d'une source de revenus stables et que son employeur l'a informé, par un courrier du 3 juin 2024, qu'il sera mis fin à son contrat de travail à défaut de régularisation de sa situation administrative, aucune des justifications fournies par le requérant, dont il ne ressort pas des pièces qu'il aurait été titulaire d'un titre de séjour depuis son entrée en France, n'est de nature à justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension de la requête de M. B doivent être rejetées en faisant application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative ainsi, par voie de conséquence, que toutes les autres conclusions présentées par le requérant.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Fait à Cergy, le 23 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. Louvel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2410229