Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410231

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du directeur académique des Hauts-de-Seine affectant l'enfant E F au collège Les Petits Ponts. Les requérants invoquaient l'urgence liée à la pratique sportive de haut niveau de leur fille et un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment pour erreur de droit et méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, les éléments fournis ne démontrant pas une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation de l'enfant. La requête a donc été rejetée, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les moyens de légalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, Mme D A et M. C B, agissant en qualité de représentants légaux de leur enfant mineure E F, représentés par Me Clerc, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 4 juin 2024, confirmée sur recours gracieux le 5 juillet 2024, par laquelle le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine a affecté leur fille, E F, en classe de sixième au collège Les Petits Ponts à Clamart (92140) pour l'année scolaire 2024-2025, rejetant ainsi leur demande d'affectation dérogatoire en classe de sixième au collège Maison Blanche ;

2°) d'enjoindre au directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine d'inscrire leur fille en classe de sixième au collège Maison Blanche à Clamart ou, à défaut, de réexaminer leur demande de dérogation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 800 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que rentrée scolaire est imminente et que la mesure contestée n'est pas compatible avec la pratique sportive de haut niveau de leur fille, sauf à mettre à leur charge des frais périscolaires importants que d'autres familles n'ont pas à supporter ; en outre, elle affecte la stabilité psychologique de leur fille ;

- plusieurs moyens sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur de droit et d'insuffisance de motivation en ce qu'elle ne vise pas les dispositions règlementaires qui permettent de vérifier que les critères de dérogation ont été respectés ni de déterminer si la situation particulière de leur fille a été régulièrement appréciée ;

* elle méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant, en empêchant leur fille de poursuivre sa pratique sportive, en l'éloignant de ses proches et en bouleversant son environnement.

Par un mémoire enregistré le 1er août 2024, le recteur de l'académie de Versailles conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la condition d'urgence n'est pas satisfaite et que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu

- la requête n°2411070, enregistrée le 17 juillet 2024, par laquelle Mme A et M. B demandent l'annulation des décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Huon, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 1er août 2024 à 15 h 15 en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Huon, juge des référés ;

- les observations de Me Clerc, représentant Mme A et M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le recteur de l'académie de Versailles n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. B ont sollicité une dérogation à la carte scolaire pour leur fille, E F, afin que cette dernière soit scolarisée au collège Maison Blanche, situé à Clamart (92140). Le 4 juin 2024, le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine a rejeté leur demande et a affecté E F en classe de sixième au collège Les Petits Ponts, également situé à Clamart (92140), pour l'année scolaire 2024-2025. Par courrier du 18 juin 2024, Mme A et M. B ont effectué un recours gracieux contre cette décision, qui a été rejeté le 5 juillet 2024. Par la présente requête, Mme A et M. B demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution des décisions des 4 juin et 5 juillet 2024.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Pour demander la suspension des décisions contestées, Mme A et M. B soutiennent qu'une scolarisation au collège Les Petits Ponts serait, d'une part, de nature à compromettre le parcours sportif de leur fille, qui pratique la gymnastique artistique à un niveau national impliquant de nombreux entraînements au stade Jules Hunebelle de Clamart et, d'autre part, générerait des frais de garde périscolaire alors que le domicile de Mme A est situé près du collège Maison Blanche. Toutefois, il résulte de l'instruction que l'affectation E F dans son établissement de secteur ne rallonge le trajet vers le site d'entraînement que de deux minutes en voiture et dix minutes en transports en commun par rapport à l'établissement demandé. Un tel écart apparaît d'autant moins déraisonnable qu'il est loisible à l'intéressée de solliciter un aménagement de sa scolarité pour permettre de concilier au mieux le temps scolaire et sa pratique sportive. Par ailleurs, alors qu'il n'est pas contesté que le collège Les Petit Ponts se situe à douze minutes en transports en commun du domicile du père de la jeune fille et à dix-huit minutes de celui de sa mère, les requérants ne justifient pas de la nécessité de devoir financer des frais de garde ni, en tout état de cause, que ces frais, à les supposer inévitables, seraient disproportionnés au regard de leur situation financière, étant relevé que d'autres familles sont, pour différents motifs, amenées à exposer de tels frais. Dans ces conditions, les considérations invoquées, qui relèvent davantage de commodités personnelles que de nécessités objectives et impérieuses, ne permettent pas de d'établir l'existence d'une situation d'urgence au sens des dispositions précitées, une telle situation ne pouvant être seulement caractérisée par l'imminence de la rentrée scolaire.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, que les demandes aux fins de suspension et d'injonction formées par les requérants ne peuvent qu'être rejetées. Il en est de même par voie de conséquence et, par voie de conséquence de leurs conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D A et M. C B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A, à M. C B, au recteur de l'académie de Versailles et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au directeur académique des services de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy-Pontoise, le 6 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

C. Huon

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.