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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410244

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410244

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Ottou, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article

L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle ou, à défaut dans l'attente de la fabrication de celle-ci, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il ne peut de nouveau plus justifier de sa régularité au séjour en l'absence de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction qui a expiré le 7 juillet 2024, entraînant la suspension de ses droits sociaux et de son contrat de travail avec la menace d'un licenciement, alors qu'il bénéficie d'un droit au séjour de plein droit en sa qualité de personne bénéficiant de la protection subsidiaire ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à sa liberté de travailler, à son droit de mener une vie privée et familiale normale et au droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2024, préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête.

Vu :

- l'ordonnance n° 2404936 du 11 avril 2024 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Poyet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties de la tenue de l'audience publique du 19 juillet 2024 à 10 heures.

A été entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Phu, greffière d'audience, le rapport de M. Poyet, juge des référés, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan, né le 14 février 2003 à Aq Qol en Afghanistan, est entré sur le territoire français en août 2021. Par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), en date du 19 juillet 2021, il a bénéficié de la protection subsidiaire. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle et, à défaut, dans l'attente de sa fabrication, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

" Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait

1.

porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Aux termes de l'article

L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre une attestation de prolongation d'instruction qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (). ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. Il résulte de l'instruction que la société Sodexo, employeur de M. B, a prononcé la suspension immédiate de son contrat de travail par courrier du 10 juillet 2024 en raison de son impossibilité de fournir un document l'autorisant à travailler sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme justifiant d'une situation d'urgence appelant, à bref délai, une réponse du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

6. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence d'attestation de prolongation d'instruction, l'intéressé n'est plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France et de conserver son emploi. Dès lors, en ne remettant pas à M. B l'attestation de prolongation d'instruction sollicitée, le préfet des Hauts-de-Seine doit être regardé comme portant une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de l'intéressé d'exercer une activité professionnelle.

7. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de remettre à

M. B une attestation de prolongation d'instruction de demande de titre de séjour dans un délai de trois jours, à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Ottou, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Ottou de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée personnellement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de remettre à M. B une attestation de prolongation d'instruction de demande de titre de séjour dans un délai de trois jours, à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat est condamné à verser à Me Ottou la somme de 1 200 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne serait pas accordé à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme lui sera versée personnellement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Ottou et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 19 juillet 2024.

Le juge des référés, signé

M. Poyet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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