Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410290
lundi 16 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410290 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. D C, représenté par Me Nunes, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Nunes, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et cette insuffisance révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, première vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;
- les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant algérien né le 13 juillet 1980, déclare être entré sur le territoire français en 2012. Par un arrêté du 5 juillet 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme B A, attachée d'administration de l'Etat et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fonde. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C a déposé une demande de titre de séjour. Ainsi, il ne saurait utilement soutenir que le préfet de police de Paris aurait dû se prononcer sur une telle demande. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté contesté que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen sérieux de la situation personnelle de M. C. Le préfet de police de Paris n'était pas tenu de se prononcer, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, sur une admission exceptionnelle au séjour de M. C, qui n'allègue pas même avoir cherché à régulariser sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".
7. En l'espèce, alors même que M. C soutient qu'il dispose d'attaches en France, sa sœur résidant régulièrement en France et établit qu'il est titulaire d'une promesse d'embauche en tant que cariste, conducteur de nacelle et installateur d'enseignes lumineuses à temps plein pour le compte de la société " MALAKOFF ENSEIGNE ", il ressort des pièces du dossier que majeur, célibataire et n'ayant pas d'enfant, il ne peut se prévaloir de liens d'une particulière intensité sur le territoire français, ni d'une intégration professionnelle. Par suite, le préfet de police de Paris n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
8. En cinquième lieu, alors même que M. C établit détenir un passeport, il n'est pas contesté qu'il n'est pas entré régulièrement en France. Il résulte de l'instruction que s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de son entrée irrégulière en France, sans retenir la circonstance qu'il était dépourvu de tout document de voyage, le préfet de police de Paris aurait pris la même décision d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen d'erreur de fait doit être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas (). ".
10. Il ressort des pièces du dossier, sans que cela ne soit contesté par M. C, que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français en situation irrégulière, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. M. C ne fait, en outre, état d'aucune circonstance particulière pour établir qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé. Par suite, le préfet de police de Paris pouvait, sans méconnaitre les dispositions précitées ni commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire supérieur à trente jours.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris du 5 juillet 2024, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 16 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. GrenierLa greffière,
Signé
Z. Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.