Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410301
samedi 20 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410301 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juillet 2024, M. D F et M. B A, représentés par Me Genies, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'arrêté n°2024-0729 du 17 juillet 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur le terrain Lousteau à Pontoise (Val-d'Oise), de quitter les lieux dans un délai de 24 heures, faute de quoi il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'existe pas d'arrêté interdisant le stationnement des caravanes sur la commune de Pontoise ;
- il méconnait l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000, faute pour la préfecture de faire la preuve du respect des obligations résultant de l'article 1er de cette loi et notamment l'aménagement des aires de grand passage selon les prescriptions du schéma départemental d'accueil des gens du voyage ;
- il est entaché d'erreurs de fait en ce qu'il n'est pas démontré que le terrain sur lequel sont installés les gens du voyage serait bien une propriété publique ou privée et que l'arrêté municipal interdisant le stationnement des caravanes aurait été régulièrement publié ;
- il est entaché d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il n'est pas démontré que l'installation litigieuse serait de nature à porter atteinte à la sécurité, la salubrité ou la tranquillité publiques ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation.
Des pièces complémentaires, enregistrées le 19 juillet 2024, ont été produites pour MM. F et A.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés pour les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, en application des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 19 juillet 2024 à 14h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Phu, greffière d'audience :
- le rapport de M. Louvel, magistrat désigné ;
- les observations de Me Paredero, substituant Me Genies, représentant M. F et M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;
- les observations de M. C, représentant le préfet du Val-d'Oise ;
- et les observations de Mme E, représentant le maire de la commune de Pontoise.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté n° 2024-0729 du 17 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur le terrain du stade Jean Lousteau situé rue Pierre de Coubertin à Pontoise de quitter les lieux dans un délai de 24 heures, faute de quoi il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage. Par la présente requête, M. F et de M. A, deux de leurs occupants, demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I. - Les communes participent à l'accueil des personnes dites gens du voyage et dont l'habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles installées sur des aires d'accueil ou des terrains prévus à cet effet () II. - Dans chaque département, au vu d'une évaluation préalable des besoins et de l'offre existante, notamment de la fréquence et de la durée des séjours des gens du voyage, de l'évolution de leurs modes de vie et de leur ancrage, des possibilités de scolarisation des enfants, d'accès aux soins et d'exercice des activités économiques, un schéma départemental prévoit les secteurs géographiques d'implantation et les communes où doivent être réalisés : / 1° Des aires permanentes d'accueil, ainsi que leur capacité / () 3° Des aires de grand passage, destinées à l'accueil des gens du voyage se déplaçant collectivement à l'occasion des rassemblements traditionnels ou occasionnels, ainsi que la capacité et les périodes d'utilisation de ces aires () / Les communes de plus de 5 000 habitants figurent obligatoirement au schéma départemental. () ". Aux termes de l'article 9 de la même loi : " I. - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : / 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; / 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 () / II. - En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. / La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. / La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. / Cette mise en demeure reste applicable lorsque la résidence mobile se retrouve à nouveau, dans un délai de sept jours à compter de sa notification aux occupants, en situation de stationnement illicite sur le territoire de la commune ou de tout ou partie du territoire de l'intercommunalité concernée en violation du même arrêté du maire ou, s'il est compétent, du président de l'établissement public de coopération intercommunale prévu au I et de nature à porter la même atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publiques. / Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. ". Selon l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en oeuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques ".
3. Aux termes de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales : " I. - A. () / Par dérogation à l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, lorsqu'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre est compétent en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, les maires des communes membres de celui-ci transfèrent au président de cet établissement leurs attributions dans ce domaine de compétences. (). / III. - Dans un délai de six mois suivant la date à laquelle les compétences mentionnées au A du I ont été transférées à l'établissement ou au groupement, un ou plusieurs maires peuvent s'opposer, dans chacun de ces domaines, au transfert des pouvoirs de police. A cette fin, ils notifient leur opposition au président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. Il est alors mis fin au transfert pour les communes dont les maires ont notifié leur opposition. / () Si un ou plusieurs maires des communes concernées se sont opposés au transfert de leurs pouvoirs de police, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales peut, à compter de la première notification de l'opposition et jusqu'à l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la fin de la période pendant laquelle les maires étaient susceptibles de faire valoir leur opposition, renoncer, dans chacun des domaines mentionnés au A du I, à ce que les pouvoirs de police spéciale des maires des communes membres lui soient transférés de plein droit. Il notifie sa renonciation à chacun des maires des communes membres. Dans ce cas, le transfert des pouvoirs de police n'a pas lieu ou, le cas échéant, prend fin à compter de cette notification, sur l'ensemble du territoire de l'établissement public de coopération intercommunale ou du groupement de collectivités territoriales. () ".
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par décision du 18 décembre 2020, le maire de la commune de Pontoise s'est opposé au transfert au président de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise du pouvoir de police spéciale en matière d'accueil et de passage des gens du voyage. Il ressort également des pièces du dossier que le maire de la commune de Pontoise a pris le 14 octobre 2021 un arrêté interdisant le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage sur l'ensemble du territoire de la commune, en dehors des aires aménagées à cet effet. Il ressort des mentions mêmes figurant sur l'arrêté, que ce dernier a été rendu public conformément aux dispositions de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales. Par suite, le préfet du Val-d'Oise était compétent pour mettre en demeure les occupants illégaux du terrain Lousteau de quitter ce terrain dans un délai de vingt-quatre heures sur le fondement de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 à la demande du maire de la commune de Pontoise.
5. En deuxième lieu, si les requérants font valoir que la commune de Pontoise ne dispose pas de strutures suffisantes pour accueillir les gens du voyage sur son territoire, il ressort des pièces du dossier que celle-ci met à disposition vingt-sept places de stationnement sur l'aire d'accueil de gens du voyage, en conformité avec les objectifs fixés par le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage. Par ailleurs, la commune de Pontoise est membre de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, compétente en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage. Il ressort des pièces du dossier et notamment de l'arrêté attaqué que la communauté d'agglomération bénéficie d'un délai, comme le permet la loi du 5 juillet 2000, pour sa participation à la mise en œuvre du schéma départemental d'accueil des gens du voyage et respecte ainsi ses obligations en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage. La circonstance, à la supposer établie, que le département du Val-d'Oise n'ait pas rempli ses obligations en matière d'accueil des gens du voyage est sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite le moyen tiré la méconnaissance de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 doit être écarté.
6. En troisième lieu, alors qu'aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de mentionner dans son arrêté le régime de propriété du terrain occupé, il ressort des pièces du dossier que le terrain sur lequel sont installés les requérants est un terrain communal affecté à la pratique du sport. L'arrêté attaqué n'est ainsi entaché d'aucune erreur de fait quant au régime de propriété du terrain en cause.
7. En quatrième lieu, si M. F et M. A soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de qualification juridique des faits en l'absence de danger de leur campement pour la sécurité, la salubrité ou pour la tranquillité, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport établi le 14 juillet 2024 par les services de la police municipale de Pontoise ainsi que des photographies qui y sont annexées, et d'un compte-rendu en date du 17 juillet 2024 des services de la police nationale de la circonscription de Cergy, que des caravanes, au nombre de 24, et une quarantaine de véhicules stationnent sur un terrain de sport municipal, avec des équipements de fortune, notamment des branchements électriques sauvages de mauvaise qualité, un raccordement à l'eau sur une borne incendie et en l'absence d'installation sanitaire, de conteneur poubelle et de dispositif de traitement des eaux usées sur le site. Ces installations ne présentent aucune garantie de sécurité et de salubrité. De plus, le préfet du Val-d'Oise souligne dans son mémoire en défense, et son représentant comme celui du maire de Pontoise l'ont rappelé lors de l'audience publique, que la prolongation de l'occupation illicite des lieux, qui est probable dès lors que les occupants ont indiqué le 14 juillet 2024 aux services de la police municipale de Pontoise souhaiter rester le plus longtemp possible, va entrainer une détérioration du terrain et, à supposer même qu'il soit libéré à l'issue de la période estivale, un trouble de jouissance du complexe sportif pour les publics scolaires et associatifs lors de la reprise des activités sportives, comme cela s'est produit à la suite de l'occupation illégale du même terrain pendant l'été 2023. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de qualification juridique des faits ni d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F et de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les conclusions de M. F et de M. A, partie perdante, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F et de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée à la commune de Pontoise.
Fait à Cergy, le 20 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
T. LouvelLa greffière,
signé
C. Phu
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.