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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410305

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410305

lundi 5 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410305
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantESSONO NGUEMA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours en excès de pouvoir de M. B, ressortissant marocain, contre l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 15 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a annulé cet arrêté en raison d'une violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, constatant que M. B, entré en France à l'âge de deux ans, y avait vécu régulièrement, suivi toute sa scolarité et résidait avec sa fratrie et ses parents en situation régulière, ce qui caractérisait une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 17 et 31 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Essono Nguema, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, d'une part et d'autre part, dès la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'intensité de ses liens familiaux en France ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de forme tiré d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des dispositions de l'article L.612-6 ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ausseil, conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ausseil ;

- les observations de Me Essono Nguema, avocat désigné d'office, représentant M. B, qui a présenté une conclusion nouvelle tendant à l'annulation des décisions de refus de séjour des 28 mars et 22 avril 2024 opposées par le préfet des Hauts-de-Seine au requérant en raison de l'incomplétude de son dossier ;

- et les observations de M. B ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est un ressortissant marocain , né le 15 janvier 2001 à Tafraoute (Maroc). Par un arrêté du 15 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'étendue du litige

2. En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées au cours de l'audience de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des décisions de refus de séjour des 28 mars et 22 avril 2024 opposées par le préfet des

Hauts-de-Seine au requérant. Ces conclusions nouvelles ne présentent pas de lien suffisant avec le présent litige et sont donc irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2004 à l'âge de deux ans, qu'il y a vécu en situation régulière du 29 juin 2011 au 14 février 2022, qu'il y a suivi toute sa scolarité et qu'il y vit avec sa fratrie au domicile de ses parents qui sont tous soit en situation régulière en France soit de nationalité française. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet des Hauts-de-Seine a porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français doivent être accueillies. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement doivent être également accueillies.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. Ainsi que le prévoient les dispositions précitées, le présent jugement implique que la situation de M. B soit réexaminée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des

Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation du requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de munir M. B d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. M. B, qui a été assisté par un avocat commis d'office, ne justifie pas de frais qu'il aurait exposés à l'occasion de l'instance. Il n'y a, dès lors, pas lieu de faire droit à ses conclusions tendant au versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 juillet 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et, d'autre part, de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : La requête est rejetée pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des

Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Ausseil

La greffière,

Signé

O. El-Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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