Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410313
lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410313 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 et 19 juillet 2024,
M. C B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 juin 2024, notifié le
16 juillet 2024, par lequel le ministre de l'intérieur et des outre-mer a prononcé à son encontre des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est disproportionné et entrave sa liberté d'aller et venir ainsi que son droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. X, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 22 juillet 2024 à 11 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenu en présence de Mme Y, greffière d'audience :
- le rapport de M. X,
- et les observations de M. B qui conclut aux mêmes fins que sa requête et ajoute qu'il demande la condamnation de l'Etat à lui payer une indemnité d'un milliards d'euros en raison des préjudices causés par les nombreuses mesures discriminatoires et attentatoires aux libertés individuelles qu'il a subies.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 21 juin 2024, notifié le 16 juillet 2024 à 9 heures 56, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des dispositions des articles L. 228-1 à L. 228-7 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. C B, pour une durée de trois mois, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance. Cet arrêté lui interdit de se déplacer en dehors du territoire de la commune d'Antony, lui impose de se présenter une fois par jour, tous les jours de la semaine, y compris les dimanches, les jours fériés ou chômés, à 10 heures, au commissariat de police d'Antony, l'oblige à confirmer et justifier son lieu d'habitation auprès de ce commissariat et à déclarer un changement d'habitation éventuel, et à subordonner tout déplacement hors du périmètre autorisé à l'obtention préalable d'une autorisation écrite (sauf-conduit). M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le régime juridique applicable :
2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entré en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. L'obligation prévue au 1° du présent article peut être assortie d'une interdiction de paraître dans un ou plusieurs lieux déterminés se trouvant à l'intérieur du périmètre géographique mentionné au même 1° et dans lesquels se tient un événement exposé, par son ampleur ou ses circonstances particulières, à un risque de menace terroriste. Cette interdiction tient compte de la vie familiale et professionnelle de la personne concernée. Sa durée est strictement limitée à celle de l'événement, dans la limite de trente jours. (). / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. (). / La personne soumise aux obligations prévues aux 1° à 3° du présent article peut, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision, (), demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision. Le tribunal administratif statue dans un délai de quinze jours à compter de sa saisine. Ces recours, (), s'exercent sans préjudice des procédures prévues au huitième alinéa du présent article ainsi qu'aux articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code ". Aux termes de l'article L. 228-6 de ce code : " Les décisions du ministre de l'intérieur prises en application des articles L. 228-2 à L. 228-5 sont écrites et motivées. La définition des obligations prononcées sur le fondement de ces articles tient compte, dans le respect des principes de nécessité et de proportionnalité, des obligations déjà prescrites par l'autorité judiciaire. () ".
3. Lorsqu'il examine, dans le cadre du contrôle de proportionnalité, la légalité d'une mesure portant atteinte aux droits fondamentaux des personnes, le juge de l'excès de pouvoir examine successivement si la mesure en cause est adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure que les mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance prévues aux articles suivants, dont celles de l'article L. 228-2, doivent être prises aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme et sont subordonnées à deux conditions cumulatives, la première tenant à la menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résultant du comportement de l'intéressé, la seconde aux relations qu'il entretient avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme ou, de façon alternative, au soutien, à la diffusion ou à l'adhésion à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes.
En ce qui concerne l'application de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure :
4. Pour considérer, d'une part, que le comportement de M. B pouvait constituer une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et, d'autre part, que l'intéressé adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur une note blanche établie par les services de renseignement et soumise au débat contradictoire. Ainsi, l'existence d'une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics résulterait, selon cette note dont le contenu circonstancié a été repris par le ministre dans l'arrêté en litige, de ce que M. B est un individu radicalisé qui présente une instabilité psychiatrique doublé d'un comportement violent et agressif. Il ressort des pièces du dossier que, comme l'indique le ministre de l'intérieur, l'intéressé a fait preuve d'une attitude sexiste à l'égard des personnels de police féminins et a indiqué son souhait de voir la France devenir un Etat islamique au cours d'une audition dans le cadre d'une rétention judiciaire, le 17 septembre 2020, a proféré des menaces de mort à l'encontre de passants, le 30 octobre 2021 devant le Parc des Expositions à Paris et a fait l'objet d'un placement en garde à vue pour des faits d'apologie du terrorisme et de menaces de mort réitérées, avant d'être hospitalisé sous contrainte dans un hôpital psychiatrique du 31 octobre au 15 décembre 2021 et d'être déclaré pénalement irresponsable. Après un séjour en détention du 31 mars 2022 au 14 décembre 2022 afin d'exécuter quatre condamnations relatives à des faits de droit commun, il a fait parvenir un courrier au préfet de Police, le 27 décembre 2022, dans lequel il tient un discours véhément et complotiste. Enfin, le 17 octobre 2023 et 25 janvier 2024, il a fait l'objet de contrôles de police, près de la gare Montparnasse et dans le jardin du Luxembourg, alors qu'il faisait du prosélytisme religieux auprès de passants et expliquait transporter la parole de Dieu. Le ministre relève aussi que, si ces faits ont été classés sans suite en raison de l'irresponsabilité pénale de M. B, ses troubles psychiatriques sont toutefois de nature à favoriser un risque de passage à l'acte de l'intéressé, qui s'est également fait remarquer en commettant des délits de droit commun. Il résulte de l'ensemble de ces éléments qu'eu égard au comportement de l'intéressé, notamment dans les lieux publics, dans un contexte marqué par un risque élevé d'attentat terroriste pendant la période des jeux olympiques, M. B, dont la fragilité psychique est avérée, présente une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. En outre, les différents propos qu'il a tenus à de multiples reprises sur la voie publique ou dans des locaux de police, doivent être regardés comme manifestant une adhésion explicite à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant leur apologie.
En ce qui concerne l'application de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure :
5. Il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, pris à l'encontre de M. B, une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance aux termes de laquelle il a interdiction de se déplacer sans autorisation préalable hors du territoire de la commune d'Antony pendant une durée de trois mois et doit, pendant la même durée, se présenter une fois par jour au commissariat de police, à 10 heures. Si M. B soutient que cette mesure est disproportionnée, dès lors qu'elle le prive de sa liberté d'aller et venir, en ce qu'il ne peut aller faire des courses dans une autre commune et porte atteinte à son droit à une vie privée et familiale normale, il ne ressort pas des pièces du dossier, que, compte-tenu de ce qui a été dit précédemment, la mesure, dont les effets sont limités à trois mois et peuvent le cas échéant être aménagés pour tenir compte d'éventuelles contraintes personnelles, familiales et professionnelles, ferait obstacle à des démarches de la vie courante. Par suite, la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer doit être regardée comme adaptée, nécessaire et proportionnée à la finalité qu'elle poursuit.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Il résulte de ce qui vient d'être dit, que M. B qui n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 juin 2024, n'est, en l'absence d'illégalité fautive de cette décision, pas davantage fondé à demander que la responsabilité de l'Etat soit engagée à raison des préjudices qu'il a subis, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de ces conclusions nouvelles, présentées à l'audience.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Cergy-Pontoise, le 22 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
M. X
Le greffier,
signé
Mme A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.