Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410355

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a accordé le concours de la force publique pour l'expulsion de M. B. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, M. B ne démontrant pas de circonstances particulières justifiant une urgence, et qu'aucun des moyens soulevés (incompétence, méconnaissance des articles L. 153-1, L. 153-2, R. 153-1 et L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution, erreur manifeste d'appréciation) n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La requête a été rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 19 juillet et 3 août 2024, M. D E B, représenté par Me Goulay, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a autorisé le concours de la force publique pour assurer l'expulsion du logement qu'il occupe 41 rue Defresnes Bast à Argenteuil ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que M. B ne dispose pas de solution de relogement immédiat malgré une demande de logement social reconnue prioritaire depuis le 29 janvier 2021 qui n'a pas abouti, qu'il est dans une situation de handicap et a de graves difficultés à trouver un travail ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

. elle a été prise par une autorité incompétente ;

. elle méconnait les dispositions des articles L. 153-1, L. 153-2, R.153-1 et L. 412-5 du code des procédures civiles d'exécution, dès lors que l'huissier n'aurait pas transmis au préfet le commandement de quitter les lieux et que la commission spécialisée de coordination des actions de prévention des expulsions locatives n'aurait pas été saisie pour avis ;

. elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que M. B a été reconnu travailleur handicapé, qu'il n'a pas de dette locative, qu'il ne cause aucun trouble et qu'il n'a aucune solution d'hébergement bien qu'il ait effectué une demande de logement social en 2017.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en soutenant que l'urgence n'est pas établie et que les moyens soulevés ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la requête n°2411158, enregistrée le 19 juillet 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère, en application de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 août 2024 à 14 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Phu, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, juge des référés,

- et les observations de Mme C et Mme A représentant le préfet des Hauts-de-Seine qui concluent aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que l'urgence n'est pas caractérisée et qu'aucun moyen n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. D E B demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 8 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a accordé le concours de la force publique à la SAS ID FACTO, huissier de justice, afin de procéder à son expulsion du logement qu'il occupe au 41 rue Defresnes Bast à Argenteuil (95100).

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées aux fins de suspension :

4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, " quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

5. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. "

6. Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique, il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. B à l'appui de sa demande de suspension n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence d'une situation d'urgence, les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision contestée doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

8. Les dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 comme celles de l'article L. 761-1 du code de justice administrative faisant obstacle à ce que soit mise à la charge de préfet du Val-d'Oise, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre, les conclusions de M. B en ce sens doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D E B, à Me Goulay et au ministre de l'intérieur et des outre mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 06 août 2024.

Le juge des référés,

Signé

S. Cuisinier-Heissler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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