Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410356
mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410356 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Levy, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de titre de séjour portant la mention " salarié ", l'autorisant à travailler et à voyager, dans un délai de 48h à compter de l'ordonnance à intervenir ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que l'absence de diligence des services préfectoraux la place dans une situation irrégulière au regard de son droit au séjour et l'expose à des mesures d'éloignement, son contrat de travail est suspendu et elle est privée de revenus, elle ne peut pas partir en Algérie et ne peut pas se rendre auprès de son père hospitalisé ;
- la décision du préfet porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail, à sa liberté d'aller et de venir et à son droit au respect à une vie privée et familiale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article
R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. Mme B, ressortissante algérienne née le 2 mars 1995, était titulaire d'un certificat de résidence portant la mention salarié, valable du 22 mars 2022 au 21 mars 2023 qui lui a été volé le 31 décembre 2022. Les démarches entreprises par l'intéressée pour obtenir un duplicata de ce titre n'ont pas abouti et elle a été mise en possession de récépissés de demande de titre de séjour ne l'autorisant pas à travailler, dont le dernier était valable jusqu'au 24 juin 2024. Mme B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", l'autorisant à travailler et à voyager.
4. Pour justifier de la situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, Mme B soutient que la décision du préfet du
Val-d'Oise porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au travail dès lors que son employeur a suspendu, depuis le 12 juillet 2024, l'exécution de son contrat de travail et qu'elle se trouve, depuis cette date, dans une situation financière difficile. Toutefois, il ressort du courrier de son employeur du 3 juillet 2024 que son contrat de travail est suspendu à compter du 12 juillet 2024 à la suite d'une décision de refus d'autorisation de travail. Si Mme B soutient que la position du préfet du Val-d'Oise la maintient dans une situation juridique qui porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale normale et à sa liberté de circuler et qu'elle ne peut pas se rendre en Algérie, il n'est toutefois pas contesté qu'aucune mesure d'éloignement n'est prise ou même envisagée à l'encontre de la requérante. Dans ces conditions, les circonstances dont se prévaut Mme B, ne sont pas, en l'espèce, de nature à établir l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures selon la procédure prévue à l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Fait à Cergy, le 24 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
S. Ouillon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.