Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410357

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410357
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la décision du préfet des Hauts-de-Seine classant sans suite la demande de rendez-vous de M. C pour le renouvellement de son titre de séjour "vie privée et familiale". Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, car le requérant, informé le 2 juillet 2024 du caractère incomplet de son dossier, n'avait pas présenté de nouvelle demande complète avant sa requête du 19 juillet 2024. Par conséquent, la situation d'urgence invoquée résultait de son propre comportement. La requête a été rejetée sans examen des moyens de fond, sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Olaka, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision non datée par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de rendez-vous tendant à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine à reprendre l'instruction de son dossier dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir aux fins d'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler à temps complet valable jusqu'à la date du rendez-vous qui lui sera fixée pour l'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour, sous la même astreinte.

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée satisfaite dès lors que la décision en litige qui s'analyse comme un refus de titre de séjour porte une atteinte grave et immédiate à sa situation, dès lors qu'il le place dans une situation financière précaire et en situation irrégulière au regard de son droit au séjour en France ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle méconnait l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration à défaut de mention du prénom, du nom et de la qualité de son auteur et de sa signature ;

* elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnait l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2410529, enregistrée le 19 juillet 2024, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant serbe né le 28 novembre 1986, était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 20 juillet 2021 au 19 juillet 2023. Il a présenté le 1er juillet 2024 auprès du préfet des Hauts-de-Seine, une demande renouvellement de son titre de séjour par le biais de la plateforme " démarches-simplifiées.fr ". Le préfet des Hauts-de-Seine l'a informé le 2 juillet 2024, par voie dématérialisée, du classement sans suite de son dossier au motif que celui-ci était incomplet, tout en l'invitant à présenter une nouvelle demande en complétant son dossier. M. C demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a classé sans suite sa demande de rendez-vous tendant à l'enregistrement de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparait manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L .522-1 ".

3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. () ". Aux termes de l'article R. 431-11 du même code : " L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code ". La liste des pièces exigées pour le renouvellement d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " est fixée au point 37 de l'annexe 10 à ce code.

5. Le refus d'enregistrer une demande de titre de séjour au motif pris du caractère incomplet du dossier ne constitue pas une décision faisant grief susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir lorsque le dossier est effectivement incomplet, en l'absence de l'un des documents mentionnés à l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque l'absence d'une pièce mentionnée à l'annexe 10 à ce code, auquel renvoie l'article R. 431-11 du même code, rend impossible l'instruction de la demande.

6. Il résulte de l'instruction que, à la suite du dépôt de la demande de titre de séjour de l'intéressé, le 1er juillet 2024 sur la plateforme " démarches.simplifiées.fr ", les services de la préfecture des Hauts-de-Seine, saisis de l'instruction de cette demande, ont informé M. C, par un courriel du 2 juillet 2024, transmis par l'intermédiaire de la plateforme dédiée, que sa demande était " classée sans suite " au motif qu'il n'avait pas déposé à l'appui de sa demande des justificatifs récents du maintien des liens matrimoniaux en France depuis la délivrance du titre de séjour précédent (extrait d'acte de mariage, copie du PACS et attestation de non dissolution de moins de 3 mois), des justificatifs récents de l'entretien de relations certaines et continues avec les membres de la famille installée en France (conjoint, enfants, concubin ou partenaire pacsé), des justificatifs des conditions d'existence (revenus, salaires, relevés bancaire) et des justificatifs de l'insertion dans la société française au cours de l'année précédente (attestations de cercles amicaux, adhésion à des associations, activité bénévole, participation aux activités scolaires des enfants). A l'état du dossier, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas soutenu que les pièces en cause figuraient au dossier de l'intéressé et ces pièces sont au nombre de celles mentionnés au 3 de la rubrique 37 de l'annexe 10 au code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devant être produites à l'appui de la demande présentée par le requérant. Ainsi qu'il a été rappelé aux points précédents, le refus d'enregistrer une demande de renouvellement de titre de séjour dès lors que le dossier est incomplet ne saurait constituer une décision faisant grief sans qu'y puisse faire obstacle la circonstance que le préfet n'aurait pas adressé de demande visant à compléter son dossier à l'intéressé. M. C a la possibilité déposer une nouvelle demande de renouvellement de son titre de séjour. Par suite, dès lors que le dossier du requérant était incomplet, en conséquence de l'absence des pièces visées à l'article R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le courriel du 2 juillet 2024 par lequel le préfet l'a informé du classement sans suite de sa demande, qui ne constitue pas un refus de renouvellement de titre de séjour, ne saurait constituer une décision faisant grief à M. C.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur la condition d'urgence ou l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension présentées par M. C ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et sa demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en application de l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.

Copie sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 1er août 2024

Le juge des référés,

Signé

S. Ouillon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.