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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2410380

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410380

mercredi 29 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantBESSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B..., ressortissant marocain, à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an. La juridiction retient que le préfet a commis un défaut d'examen de la situation personnelle et professionnelle du requérant, notamment en omettant de prendre en compte ses démarches de régularisation et son emploi stable de six ans. La solution se fonde sur les articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2024, M. A... B..., représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou à tout préfet compétent, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.


M. B... soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle et familiale ;
- elle a été prise en méconnaissance de son droit d’être entendu, garanti par l’article 41 la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entachée d’une erreur de fait, dès lors que, contrairement aux affirmations du préfet, il a sollicité en vain en février 2023 un rendez-vous pour le dépôt de sa demande d’admission exceptionnelle au séjour ; si son dossier a été enregistré le 15 octobre 2023, il n’a toujours pas été convoqué pour déposer son entier dossier ;
- elle méconnaît les dispositions du 2° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d’un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions des 2° et 4° de l’article L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 613-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle est injustifiée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense enregistré le 2 octobre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine confirme sa décision et produit les pièces utiles en sa possession.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lusinier, conseillère ;
- et les observations de Me Besse, représentant M. B....

Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant marocain né le 1er janvier 1976, est entré sur le territoire français le 8 avril 2017 muni d’un visa Schengen, selon ses déclarations. M. B... demande au tribunal d’annuler l'arrêté du 17 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu’indique le préfet des Hauts-de-Seine, M. B... a sollicité son admission au séjour le 15 octobre 2023 sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile via le site « Démarches simplifiées » et que son conseil a sollicité en vain la préfecture des Hauts-de-Seine par courriels des 14 février 2024, 30 mai 2024 et 9 juillet 2024 afin qu’elle lui fixe une date de rendez-vous. En outre, l’arrêté attaqué ne fait pas état de la situation professionnelle du requérant, qui justifie de six années de travail en qualité de maçon au sein de la société Waddi située à Clamart (Hauts-de-Seine) et qui produit à ce titre tous ses bulletins de salaire depuis le mois de février 2019. Il ressort à cet égard du procès-verbal d’audition du 17 juillet 2024 que M. B... avait fait état de tous les éléments de sa situation personnelle. Ainsi, le préfet des Hauts-de-Seine n’a pas examiné la situation du requérant au regard des démarches qu’il a accomplies en vue d’obtenir sa régularisation, ni sa situation professionnelle. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’un défaut d’examen de situation justifiant son annulation.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 17 juillet 2024 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721 7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ».
Le présent jugement implique qu’il soit procédé au réexamen de la situation de M. B.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer au requérant, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 17 juillet 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’État versera à M. B... la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ablard, président,
M. Bories, premier conseiller,
Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2025.

La rapporteure,

signé

V. Lusinier
Le président,

signé

T. AblardLa greffière,

signé

M. C...
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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