Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410389

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410389
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJOORY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A, réfugié afghan, qui demandait la délivrance d'une carte de résident ou l'achèvement de l'instruction de sa demande. Le juge estime que l'urgence n'est pas caractérisée, faute pour le requérant d'apporter des éléments circonstanciés sur sa situation personnelle, familiale ou ses conditions d'existence, malgré l'expiration de son attestation de prolongation d'instruction et la suspension de son contrat de travail. En conséquence, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-2 n'étant pas remplie, la requête est rejetée sans qu'il soit besoin d'examiner l'atteinte aux libertés fondamentales invoquées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2024, M. B A, représenté par

Me Joory, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui renouveler dans un délai de vingt-quatre heures et sous la même astreinte, l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande ;

2°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet des Hauts-de-Seine d'achever l'instruction de sa demande de carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui renouveler dans un délai de vingt-quatre heures et sous la même astreinte, l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'urgence est établie dès lors qu'il est dépourvu de carte de séjour pluriannuelle alors qu'il a obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugié depuis mars 2023, qu'il est maintenu en situation de précarité administrative, professionnelle, familiale et financière et que son contrat de travail va être suspendu ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au travail, au droit d'asile et à son droit au respect de la dignité humaine.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article

R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

3. M. A, ressortissant afghan né le 19 octobre 2000, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 mars 2023. Il a présenté en cette qualité, le 23 mars 2023, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ce cadre, il a été muni d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 9 avril 2024. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer sa carte de résident ou, à défaut, d'achever l'instruction de sa demande de carte de résident.

4. Pour justifier de la situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient que son attestation de prolongation d'instruction a expiré le 9 avril 2024 et n'a pas été renouvelée sans qu'il ne se soit vu remettre la carte de résident à laquelle il a droit et que, de ce fait, il n'est plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France, que son contrat de travail a été suspendu depuis la fin du mois de mars 2024 et qu'il n'est pas en mesure de trouver une activité professionnelle à défaut de disposer d'un document de séjour, ni d'un logement stable et ne peut bénéficier des prestations sociales ni envisager déposer une demande de naturalisation. Il fait valoir que l'inertie du préfet dans le traitement de sa demande, le place ainsi dans une grande précarité et porte atteinte à son exercice du droit d'asile, à sa liberté de travailler, à sa dignité, à son droit de mener une vie familiale normale et à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, ces considérations, qui ne sont pas assorties d'éléments circonstanciés quant à la situation personnelle et familiale du requérant ou à ses conditions d'existence et alors qu'il indique être sans travail depuis le mois d'avril dernier, qu'il est hébergé au sein de sa famille et qu'il est en mesure de justifier de son droit à résider sur le territoire français par la production de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ne peuvent, en l'état, être regardées comme caractérisant une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures selon la procédure prévue à l'article

L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 24 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé

S. Ouillon

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.0