Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410390
mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410390 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | JOORY |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Joory, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui renouveler dans un délai de vingt-quatre heures et sous la même astreinte, l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande ;
2°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet des Hauts-de-Seine d'achever l'instruction de sa demande de carte de résident portant la mention " réfugié " dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui renouveler dans un délai de vingt-quatre heures et sous la même astreinte, l'attestation de prolongation d'instruction de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'urgence est établie dès lors qu'il est dépourvu de carte de séjour pluriannuelle alors qu'il a obtenu la reconnaissance de la qualité de réfugié depuis mai 2023, qu'il est maintenu en situation de précarité administrative, professionnelle, familiale et financière et que son contrat de travail va être suspendu ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir, à son droit au travail, au droit d'asile et à son droit au respect de la dignité humaine.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article
R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
2. Lorsqu'un requérant fonde son action non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code précité mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
3. M. A, ressortissant camerounais né le 5 janvier 1985, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 25 mai 2023. Il a présenté en cette qualité, le 14 juin 2023, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ce cadre, il a été muni d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 20 juin 2024. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer sa carte de résident ou, à défaut, d'achever l'instruction de sa demande de carte de résident.
4. Pour justifier de la situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, M. A soutient que son attestation de prolongation d'instruction a expiré le 20 juin 2024 et n'a pas été renouvelée sans qu'il ne se soit vu remettre la carte de résident à laquelle il a droit et que, de ce fait, il n'est plus en mesure de justifier de la régularité de son séjour en France et qu'à défaut de disposer d'un document de séjour son contrat de travail risque d'être interrompu, que France Travail va le rayer de la liste des demandeurs d'emploi et qu'il ne pourra pas avoir accès à un logement social ni pouvoir bénéficier de prestations sociales. Il fait valoir que l'inertie du préfet dans le traitement de sa demande, le place ainsi dans une grande précarité et porte atteinte à son exercice du droit d'asile, à sa liberté de travailler, à sa dignité, à son droit de mener une vie familiale normale et à sa liberté d'aller et venir. Toutefois, ces considérations, qui ne sont pas assorties d'éléments circonstanciés quant à la situation personnelle et familiale du requérant ou à ses conditions d'existence et alors qu'il ne justifie pas de la suspension prochaine de son contrat de travail pour un emploi d'agent d'entretien au sein de l'association Seine Ouest Insertion et qu'il est en mesure de justifier de son droit à résider sur le territoire français par la production de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, ne peuvent, en l'état, être regardées comme caractérisant une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale soit prise dans les quarante-huit heures selon la procédure prévue à l'article
L. 521-2 du code de justice administrative. Par suite, la condition d'urgence ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Fait à Cergy, le 24 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
S. Ouillon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.0