Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410401

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de convoquer M. B, ressortissant tunisien, à un rendez-vous sous quinze jours pour le dépôt de sa demande de titre de séjour "passeport talent (famille)". Le juge a retenu l'urgence, M. B justifiant de l'impossibilité d'effectuer sa demande en ligne via le téléservice ANEF, et a constaté que la mesure était utile et non contestée. La décision s'appuie sur les articles R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'arrêté du 27 avril 2021.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2024, M. C B, représenté par

Me Abitbol, demande à la juge des référés :

1°) d'ordonner au préfet des Hauts-de-Seine, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de le convoquer à un rendez-vous en vue de l'examen de sa demande de titre de séjour, dès la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie puisqu'en l'absence de document valide l'autorisant à séjourner en France pendant l'instruction de sa demande, il risque d'être éloigné à tout moment ou placé en centre de rétention administrative ; sa situation est donc très précaire ;

- les mesures sollicitées sont utiles et aucune décision n'a été prise sur sa demande.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme David-Brochen, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant tunisien, s'est marié le 2 décembre 2023 à M. A, qui est un compatriote titulaire d'un titre de séjour portant la mention " Passeport talent ". Il soutient qu'il ne parvient pas à déposer sa demande de titre de jour en cette qualité et demande à la juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le convoquer à un rendez-vous en vue de l'examen de cette demande.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Saisi sur le fondement de ces dispositions, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles, qu'elles ne se heurtent à aucune contestation sérieuse et qu'elles ne fassent pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Aux termes de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 27 avril 2021 pris en application de cet article : " Sont effectuées au moyen du téléservice () : / A compter du 25 mai 2021, les demandes () de carte de séjour pluriannuelles portant la mention " passeport talent (famille) ".

6. En l'espèce, il résulte suffisamment de l'instruction, ainsi qu'il n'est pas contesté par le préfet qui n'a pas produit d'observations en défense, que M. B, marié depuis le

2 décembre 2023 à un compatriote titulaire d'une carte pluriannuelle de séjour " passeport talent ", tente en vain de déposer depuis lors sa demande de carte pluriannuelle de séjour auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine. Après plusieurs tentatives infructueuses sur la plateforme de l'administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), où il devait pouvoir effectuer sa demande en vertu des dispositions citées au point 5, il a contacté plusieurs fois les services support de la plateforme et la sous-préfecture de Boulogne-Billancourt, sans toutefois réussir à débloquer cette situation ni obtenir un rendez-vous en préfecture pour le dépôt de son dossier de demande.

7. Ainsi, et alors que sa qualité de conjoint d'un étranger titulaire d'une carte pluriannuelle de séjour " passeport talent " est susceptible de lui ouvrir droit au séjour, il a été privé de son droit à l'enregistrement de sa demande pendant une durée anormalement longue, s'élevant à près de dix mois, ce qui le place dans une situation particulièrement précaire. Il justifie ainsi de l'utilité de la mesure sollicitée et de l'urgence particulière de sa situation. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que cette demande fasse obstacle à l'exécution d'une décision administrative dès lors, en particulier, que la décision de rejet qui lui a préalablement été opposée, telle que révélée par une notification sur son compte ANEF du 26 mai 2023, concerne une demande antérieure à celle litigieuse, qui a été rejetée au motif que l'intéressé n'était pas encore marié à son conjoint. Ce rejet ne faisait pas obstacle à ce qu'une fois marié, il réitère sa demande.

8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B une date de convocation à un rendez-vous, dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, pour l'enregistrement de sa demande de carte de séjour. A ce stade il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Enfin, il y a lieu, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à M. B.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B une date de convocation à un rendez-vous, dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, pour l'enregistrement de sa demande de carte de séjour.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 24 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

L. David-Brochen

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.