Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410443
lundi 12 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2410443 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Bulajic, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle a tenté à plusieurs reprises de déposer sa demande de titre de séjour par voie postale puis par la plateforme " Démarches simplifiées " et a averti la préfecture par courrier et courriel de ces difficultés que, ces tentatives sont restées infructueuses, que du fait de l'irrégularité de son séjour, elle risque de perdre le bénéfice de sa bourse et être dans l'impossibilité de poursuivre ses études supérieures ;
- la mesure est utile dès lors qu'elle a tenté à plusieurs reprises de déposer sa demande de de titre de séjour, en vain ;
- elle ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observation en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante serbe, née le 28 mars 2006, est entrée à l'âge de dix ans sur le territoire français avec ses parents qui résident en situation régulière. Depuis le 18 janvier 2024, en vue de sa majorité, elle a essayé à plusieurs reprises, de déposer une demande de titre de séjour. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour.
5. Il résulte de l'instruction que la requérante tente sans succès de déposer une demande de titre de séjour depuis le 18 janvier 2024, d'abord par voie postale mais également via la plateforme " démarches simplifiées " le 25 janvier 2024, démarche qui a été indiquée par la préfecture dans son courrier du 17 février 2024 comme étant la procédure à suivre, la voie postale étant irrecevable. Toutefois, la préfecture a également refusé d'enregistrer sa demande via la plateforme " démarches simplifiées " par décision du 27 mai 2024, indiquant que les démarches devaient être effectuées par voie postale. Mme A soutient qu'il est matériellement impossible de présenter sa demande de titre de séjour à la préfecture, qui lui a indiqué deux informations contradictoires sur les modalités de dépôt de sa demande, n'acceptant au final aucune des deux modalités, ce que ne conteste pas le préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire en défense. En outre, Mme A démontre avoir tenté de joindre les services préfectoraux à plusieurs reprises par courrier du 6 juin 2024 et par courriels des 21 et 27 juin 2024, sans qu'une solution ne soit trouvée. Par ailleurs, la requérante produit un document attestant de son acceptation à l'université en licence 1, pour l'année universitaire 2024-2025, et d'un courriel du 27 mai 2024 relatif à sa demande de bourse d'enseignement supérieur indiquant que son dossier était incomplet faute de fournir son titre de séjour ou une attestation provisoire de séjour. Ainsi, Mme A justifie de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle d'obtenir rapidement un rendez-vous en vue de pouvoir faire enregistrer sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la demande de l'intéressée revêt un caractère urgent et utile au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que cette demande ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative, ni qu'elle se heurterait à une contestation sérieuse.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de convoquer Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance en vue de lui permettre de déposer sa demande de carte de séjour et lui délivrer un récépissé de demande de son titre de séjour, sous réserve de la complétude du dossier lors de cette convocation.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 500 euros à verser à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de convoquer Mme A dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance en vue de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer à cette occasion un récépissé de demande de titre de séjour, sous réserve de la complétude du dossier lors de cette convocation.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 500 euros à Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy-Pontoise, le 12 août 2024.
La juge des référés,
Signé
P. Bocquet
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le
concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.