Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410465

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410465
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A C, ressortissante somalienne réfugiée, pour suspendre la décision implicite de rejet de sa demande de carte de résident par le préfet du Val-d'Oise. En cours d'instance, le préfet a délivré à l'intéressée une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail, ce qui a conduit Mme A C à se désister de ses conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte. Le tribunal a donné acte de ce désistement et, considérant que ce titre provisoire avait été délivré après l'introduction de la requête, a condamné l'État à verser 1 000 euros à son avocat au titre des frais de justice, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juillet 2024, Mme B A C, représentée par Me de Seze, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val d'Oise a rejeté sa demande de carte de résident en qualité de réfugiée ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail, et ce dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me de Seze, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve en situation irrégulière sur le territoire français malgré sa qualité de réfugiée ; que la décision attaquée fait obstacle à la reconnaissance des droits qu'elle tire de sa qualité de réfugiée et la place dans une situation de précarité ; qu'en outre, la durée d'instruction de sa demande de carte de résident, effectuée en octobre 2022, est anormalement longue ;

* il existe plusieurs moyens propres à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'une erreur de droit, en ce qu'elle méconnaît les articles L. 314-11, L. 561-1, L. 424-1, L. 424-2 et R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnaît les dispositions des articles 23 et 24 de la convention de Genève ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2024, le préfet du Val d'Oise conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'une attestation de prolongation d'instruction, valable du 25 juillet 2024 au 24 janvier 2025, a été délivrée à l'intéressée.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 8 août 2024, Mme A C informe le tribunal qu'elle se désiste de ses conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte et maintient ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la requête n° 2410536, enregistrée le 22 juillet 2024, par laquelle Mme A C demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet, conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bocquet, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 9 août 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A C, ressortissante somalienne née le 21 octobre 1993, a sollicité, le 10 octobre 2022, un titre de séjour en sa qualité de réfugiée. Elle a été mise en possession d'attestations de prolongation d'instruction successives, dont la dernière a expiré le 25 avril 2024. Par la présente requête, Mme A C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard l'urgence de la situation, d'admettre Mme A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte :

3. Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2024, le préfet du Val-d'Oise indique avoir délivré à Mme A C une attestation de prolongation d'instruction avec autorisation de travail valable du 25 juillet 2024 au 24 janvier 2025. Par un mémoire complémentaire enregistré le 8 août 2024, Mme A C informe le tribunal qu'elle se désiste de ses conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte et maintient ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ce désistement devant être regardé comme étant pur et simple, il y a donc lieu d'en donner acte.

Sur les frais liés au litige :

4. Dans les circonstances de l'espèce, l'attestation provisoire de séjour ayant été délivrée postérieurement à l'introduction de la présente requête, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros

Sur les frais liés au litige :

5. Mme A C ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me de Seze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me de Seze. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A C.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est donné acte du désistement des conclusions aux fins de suspension, d'injonction et d'astreinte présentées par Mme A C au titre des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A C à l'aide juridictionnelle et que Me de Seze renonce à percevoir la comme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me de Seze la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A C.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A C, à Me de Seze et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.

Fait à Cergy, le 6 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

P. Bocquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2410465