Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410474

lundi 19 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410474
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de Mme A du logement qu'elle occupe sans droit ni titre dans une résidence universitaire du CROUS de Versailles. La juridiction a constaté que l'occupation illégale persistait malgré une décision de non-renouvellement du droit d'occupation et une mise en demeure de quitter les lieux, caractérisant une situation d'urgence et une absence de contestation sérieuse. La solution retenue s'appuie sur le code général de la propriété des personnes publiques et le code de l'éducation, confirmant le pouvoir du gestionnaire de recouvrer le logement pour assurer la continuité du service public.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2024, le directeur général du centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) de l'académie de Versailles demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de Mme B A du logement de la résidence universitaire de Nanterre, située 8 allée de l'université à Nanterre Hauts-de-Seine), qu'elle occupe illégalement, et de tout occupant de son chef ;

2°) d'ordonner à Mme A de restituer les clefs du logement, celles de la boîte aux lettres et son badge d'accès ;

3°) d'ordonner à Mme A de quitter le logement qu'elle occupe, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de Mme A la somme de 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la juridiction administrative est compétente ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le maintien irrégulier de Mme A dans le logement qu'elle occupe porte atteinte au bon fonctionnement du service public, l'empêchant d'y loger un autre étudiant ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que Mme A occupe le logement sans droit ni titre depuis le 1er septembre 2023 ; qu'elle a été destinataire d'une décision d'exclusion et de non-renouvellement de son droit d'occupation en date du 3 janvier 2024 ; qu'une mise en demeure de quitter le logement lui a été régulièrement notifiée par la directrice générale du CROUS de Versailles le 17 avril 2024 ; et qu'elle est détentrice d'une dette locative de 492 euros au 30 juin 2024.

La requête a été communiquée à Mme A, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cordary, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 7 août 2024 à 14 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de Mme Cordary, juge des référés ;

- les observations de Mme C, représentante de l'académie du CROUS de l'académie de Versailles.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été autorisée, par décision unilatérale d'admission, à occuper, à partir du 31 août 2020, le logement 465 du Bâtiment C au sein de la résidence universitaire située 8 allée de l'Université à Nanterre. N'ayant pas effectué de demande de renouvellement de son titre d'admission dans les délais impartis, son droit d'occupation a pris fin le 31 août 2023. Par une décision du 3 janvier 2024, le directeur adjoint du CROUS de l'académie de Versailles a prononcé le non-renouvellement de son droit d'occupation, aux motifs qu'elle n'avait pas effectué de demande de renouvellement pendant la période de campagne annuelle et qu'elle avait accumulé des irrégularités de paiement, sa dette s'élevant à 325 euros au 30 novembre 2023. Par courrier avisé le 25 mars 2024 mais non réclamé, puis retourné à l'expéditeur le 17 avril 2024, l'intéressée a été mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Elle s'y est toutefois maintenue. Par la présente requête, le directeur général du CROUS de Versailles demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A du logement occupé sans droit ni titre.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

3. Aux termes de l'article 2 du règlement intérieur des résidences universitaires du CROUS de l'académie de Versailles : " L'occupant qui ne dispose pas d'une décision expresse d'admission ou de réadmission ou qui perd son droit d'occupation en cours d'année devient occupant sans droit ni titre. Son maintien illégal dans les lieux entraîne la mise en œuvre d'une procédure d'expulsion () ". Selon l'article 20-1 de ce même règlement : " En cas de maintien dans les lieux au-delà de l'échéance de la décision initiale, le résident devient sans droit ni titre. Une mise en demeure de quitter les lieux lui est alors notifiée. Il dispose d'un délai de quinze jours à compter de la notification pour quitter les lieux. (). / A défaut, le Crous saisit le juge des référés du tribunal administratif territorialement compétent d'une requête aux fins d'expulsion. ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme A se maintient dans le logement qu'elle occupe au sein de la résidence universitaire de Nanterre malgré une décision de non-renouvellement de son droit d'occupation en date du 3 janvier 2024. Cette décision a été prise au regard de l'absence de demande de renouvellement de son titre d'admission effectuée par Mme A dans le délai imparti, de son défaut de paiement renouvelé et de la dette de 325 euros qu'elle détenait au 30 novembre 2023. Mme A est donc, en application des dispositions précitées, occupante sans droit ni titre du logement dans lequel elle se maintient. Par ailleurs, Mme A continue de se maintenir dans ce logement malgré la mise en demeure de quitter les lieux qui lui a été régulièrement notifiée le 17 avril 2024. Ainsi, la demande du directeur général du CROUS de l'académie de Versailles ne se heurte à aucune contestation sérieuse. L'urgence et l'utilité de la mesure sollicitée sont caractérisées par la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service public dont est chargé le CROUS de l'académie de Versailles, qui se trouve empêché de disposer du logement en cause pour y loger un autre étudiant. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à Mme A de libérer le logement qu'elle occupe indûment, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et, à défaut, d'autoriser le directeur général du CROUS de l'académie de Versailles à procéder à son expulsion. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme A de libérer le logement qu'elle occupe sans droit ni titre, au sein de la résidence universitaire de Nanterre, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance. A défaut pour elle de déférer à cette injonction, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires de l'académie de Versailles pourra faire procéder à son expulsion des lieux.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête du centre régional des œuvres universitaires et scolaires de l'académie de Versailles est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au centre régional des œuvres universitaires et scolaires de Versailles et à Mme B A.

Fait à Cergy, le 19 août 2024.

La juge des référés,

signé

C. Cordary

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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