Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410547

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de l'exécution des décisions implicites du préfet des Hauts-de-Seine rejetant la demande de titre de séjour "réfugié" et le renouvellement du récépissé de M. A, ressortissant afghan. Le préfet a fait valoir qu'un rendez-vous avait été attribué au requérant pour finaliser sa demande et obtenir un récépissé, rendant le litige sans objet. En conséquence, le tribunal a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de suspension, tout en admettant provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 et 31 juillet 2024, M. B A, représentée par Me Vahedian, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " réfugié " et de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son récépissé ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " réfugié " dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Me Vahedian, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il a obtenu le statut de réfugié il y a plus de dix mois, que la décision contestée le maintient dans une situation précaire et qu'en l'absence de renouvellement de son récépissé, il ne peut pas exercer d'activité professionnelle ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute quant à la légalité de la décision attaquée :

S'agissant de la décision implicite de refus de titre de séjour :

* Elle méconnaît les dispositions de l'article R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision de refus de renouvellement d'un récépissé :

* Elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

* Elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que le requérant a été convoqué le 2 août 2024 au sein des services de la préfecture en vue de présenter sa demande de titre de séjour et de se voir délivrer un récépissé.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2410600, enregistrée le 23 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Phu, greffière d'audience. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 5 juillet 1983, s'est vu accorder le bénéfice du statut de réfugié selon ses déclarations. Le 19 septembre 2023, il a sollicité, en cette qualité, la délivrance d'un titre de séjour auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui lui a délivré une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 18 mars 2024. Le silence gardé par le préfet sur sa demande de titre de séjour a fait naître une décision implicite de rejet. Lorsque l'attestation de prolongation d'instruction est arrivée à expiration, M. A en a sollicité le renouvellement sur le site " Démarches Simplifiées ". Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. M. A doit être regardé comme demandant la suspension de l'exécution des décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a d'une part, implicitement rejeté sa demande de titre de séjour et d'autre part refusé implicitement de renouveler son attestation de prolongation d'instruction.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de suspension :

4. Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir qu'un rendez-vous a été attribué au requérant le 2 août 2024 au guichet de la préfecture des Hauts-de-Seine pour une biométrie et se voir délivrer un récépissé de titre de séjour. Dans ces circonstances, les demandes de M. A étant en cours d'instruction, le litige est privé d'objet et il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions implicites de rejet de sa demande de titre de séjour et de renouvellement de son attestation de prolongation d'instruction. L'exception de non-lieu soulevée par le préfet des Hauts-de-Seine en défense ne peut qu'être accueillie.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au titre des frais liés à l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Vahedian et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 06 août 2024.

La juge des référés,

Signé

S. Cuisinier-Heissler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2410547