Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2410548

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2410548
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a été saisi par Mme A, ressortissante bangladaise, d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 15 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. En cours d’instance, le préfet a retiré cet arrêté par un acte du 22 août 2024, ce qui a privé d’objet la requête de Mme A. Le juge a donc constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions principales de la requête, tout en admettant provisoirement l’intéressée au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Aucun texte spécifique n’a été appliqué au fond, le retrait de l’acte attaqué ayant rendu le litige sans objet.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 juillet 2024, Mme C A, représentée par Me El Amine, avocate, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté notifié le 15 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement, l'a obligée à se présenter tous les mardis à 10h00 à la préfecture des Hauts-de-Seine, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informée de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Mme A soutient que :

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un vice de forme, dès lors que l'arrêté en litige ne comporte ni date ni signature en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaît son droit à être entendue garanti par les stipulations de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision fixant le pays d'éloignement :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision portant obligation de se présenter en préfecture :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ainsi que celles de l'article L. 612-8 du code précité ;

la décision portant obligation de se présenter aux service de la préfecture :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 août 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer sur la requête de Mme A.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que l'arrêté en litige a été retiré par un arrêté du 22 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Prost, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Prost, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté notifié le 15 juillet 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé Mme A, ressortissante bangladaise née 9 avril 1996, à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement, l'a obligée à se présenter tous les mardis à 10h00 à la préfecture des Hauts-de-Seine, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a informée de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par la présente requête, la requérante demande au Tribunal d'annuler cet arrêté en toutes ses dispositions.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

4. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors la disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a, par un arrêté en date du 22 août 2024, postérieur à l'introduction de la requête, retiré l'arrêté attaqué notifié le 15 juillet 2024. Dès lors, la requête de Mme A a perdu son objet, ce qu'elle ne conteste pas. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir l'exception de non-lieu invoquée par le préfet des Hauts-de-Seine s'agissant des conclusions aux fins d'annulation de la requête. Par voie de conséquence, il n'y a pas plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte.

Sur les frais du litige :

6. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me El Amine de la somme de 1 000 (mille) euros dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où la requérante ne se verrait pas accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera versée directement.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me El Amine dans les conditions fixées à l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle. Dans le cas où Mme A ne se verrait pas accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, cette somme lui sera versée directement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me El Amine et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

F.-X. Prost

Le greffier,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.